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# L'allocation actions/obligations en retrait

« Combien d'actions ? » C'est la première question que tout le monde pose sur le portefeuille de retrait. Depuis Bengen, la recherche y répond avec une constance remarquable. La courbe du taux de retrait soutenable en fonction de la part d'actions dessine un **plateau**. Il est étonnamment large et étonnamment plat, entre environ 50 et 80 % d'actions, et il plonge des **deux** côtés. Trop peu d'actions est plus dangereux que trop. Voilà qui contredit frontalement l'intuition « retraite = prudence = obligations » héritée du conseil bancaire.

Cet article établit ce résultat et son mécanisme, c'est-à-dire pourquoi il **faut** de la croissance pour financer 40 ans de retraits réels. Il décrit ce qui se passe aux deux bords du plateau. Il montre comment l'horizon, la couverture du plancher et la règle de retrait déplacent votre position optimale à l'intérieur. Il fait le point sur ce que la recherche récente a ajouté et relativisé, avec Anarkulova-Cederburg et le débat « 100 % actions ». Il déplie ensuite le mot « obligations » lui-même : le bestiaire des types, du Bund aux TIPS, ce que chaque espèce paie, ce que l'inflation et la déflation font à chacune, ce que l'ETF change et à quoi servent les zéro-coupons. Il explique enfin comment éprouver tout cela sur votre plan, en re-simulant l'allocation cran par cran et en lisant la ruine à chaque fois. La méthode d'ensemble qui l'encadre, concevoir par les risques plutôt que par les actifs, est dans [[concevoir-un-portefeuille]]. Cet article ouvre la partie portefeuille. Les suivants raffinent chaque brique ([[obligations-en-retrait]], [[or-en-retrait]], [[portefeuilles-tous-temps]]) et la dimension temporelle ([[glidepaths]]).

::: cle Le résultat central
Sur toutes les données et tous les modèles, le taux de retrait soutenable à long horizon suit la même courbe en fonction de la part d'actions. Il reste faible de 0 à 30 % d'actions, car les obligations seules ne battent pas l'inflation augmentée des retraits. Il devient maximal et **plat** de ~50 à ~80 %. Il fléchit légèrement au-delà de 90 %, quand la volatilité pure commence à coûter plus que sa prime ne rapporte. Deux conséquences en découlent. L'erreur grave est d'être sous le plateau, pas au-dessus. Et à l'intérieur du plateau, le choix fin, 60/40 contre 75/25, compte peu pour la ruine. Il se joue sur d'autres critères, la profondeur des creux que vous pouvez vivre et votre règle de retrait.
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::: figure allocation-plateau
Le taux de retrait soutenable en fonction de la part d'actions (ordres de grandeur, horizon long). Trop peu d'actions et l'érosion l'emporte ; trop, et la volatilité coûte plus que sa prime. Entre les deux, un plateau large qui pardonne l'imprécision.
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## Pourquoi il faut de la croissance : l'arithmétique du plateau

Reprenons le mécanisme à la racine. Un plan de retrait à 3,5 % sur 45 ans doit servir des retraits **réels**, donc indexés, pendant des décennies. Il lui faut un moteur qui produise durablement plus de 3,5 % réels par an, frein de volatilité (le *drag*) et séquence compris ([[rendements-arithmetiques-geometriques]]). Sur longue période, les obligations nominales de qualité rapportent 1 à 2 % réels ([[rendements-attendus]]). Un portefeuille 20/80 a donc une espérance géométrique réelle de ~2 %. Il finance mathématiquement moins de 2,5 % de retrait perpétuel. À 3,5 % de retrait, il s'épuise **non** par malchance mais par construction, lentement, sûrement, sans krach. C'est le mode de défaillance « érosion » ([[lire-un-fan-chart]]). C'est aussi le bord gauche du plateau. Voilà pourquoi la grille de Trinity montrait déjà le 25/75 échouer une fois sur trois là où le 75/25 tenait ([[etude-trinity]]).

Le bord droit est plus subtil. De 80 à 100 % d'actions, l'espérance monte encore, mais deux coûts croissent plus vite. Le premier est le *drag* : σ²/2, passer de 12 à 16 % de volatilité coûte ~0,6 point de composition. Le second, plus lourd, est la **séquence**. Sans aucun amortisseur, un krach précoce de 50 % frappe le plan de plein fouet dans sa fenêtre fragile ([[sequence-des-rendements]]). Résultat net, le SAFEMAX du 100 % actions est légèrement **inférieur** à celui du 70/30 dans les données historiques américaines, avec des pires cas nettement plus profonds. Le plateau existe parce que ces deux forces, besoin de croissance et coût de la volatilité, s'équilibrent sur une plage large. C'est une chance, car la nature du problème pardonne l'imprécision sur ce paramètre.

Dans ce cadre, les obligations ont un rôle précis et borné. Elles ne sont pas là pour « rapporter » mais pour rendre trois services. Le premier est d'**amortir** les krachs d'actions. En régime désinflationniste, leur corrélation négative fait remonter leur prix quand les actions plongent ; c'est l'amortisseur qui a si bien marché de 2000 à 2021. Le deuxième est de **fournir** la liquidité des retraits pendant les creux. On vend l'obligation qui a monté, pas l'action qui a baissé, c'est le prélèvement-rééquilibrage ([[retrait-fixe-bengen]]). Le troisième est de **réduire** la profondeur des drawdowns à un niveau tenable pour votre règle et vos nerfs. Leur talon d'Achille est l'inflation, qui casse les trois services à la fois. C'est le sujet de [[obligations-en-retrait]] et la raison d'être des briques suivantes de cette partie ([[regimes-de-marche]]).

## Se placer dans le plateau : les trois curseurs qui comptent

Puisque la ruine discrimine peu entre 55/45 et 80/20, qu'est-ce qui doit décider ? Trois choses, dans l'ordre.

**1. La profondeur de creux vivable.** C'est le critère le plus concret. Le drawdown réel à prévoir une ou deux fois par décennie vaut environ −0,55 × (part d'actions) pour un portefeuille diversifié : un 60/40 encaisse ~−33 %, un 80/20 ~−44 %, le 100 % −55 % et plus. Restent deux tests d'admissibilité. Votre **règle** le tient-elle ? C'est le test « actions −50 % » des règles proportionnelles ([[vpw]]) et le plancher des guardrails ([[guyton-klinger]]). Et vous, le tenez-vous ? L'expérience d'accumulation ne préjuge de rien : subir −40 % quand on **vit** du portefeuille est une autre épreuve ([[psychologie-du-retrait]]). La part d'actions maximale admissible sort de ces deux tests, pas d'un optimiseur.

**2. La couverture du plancher.** C'est le grand modulateur, déjà rencontré partout. Un plancher couvert par une pension ou une rente ([[rentes-et-annuites]], [[retraite-legale]]) libère le portefeuille vers le haut du plateau. C'est la logique TPAW : la pension actualisée est une grosse position obligataire implicite ([[amortissement-abw]]), donc le portefeuille visible peut porter davantage d'actions. À l'inverse, un plancher financé à 100 % par le portefeuille pendant vingt ans tire vers le milieu-bas du plateau et vers les protections dédiées ([[cash-buffer]], [[glidepaths]]).

**3. La règle de retrait.** Les règles proportionnelles et actuarielles ([[pourcentage-fixe]], [[amortissement-abw]]) encaissent structurellement mieux la volatilité, car le retrait s'ajuste. Elles tolèrent le haut du plateau. Le fixe indexé, qui encaisse tout dans le capital, préfère le milieu, 60-70 %. Règle et allocation se choisissent **ensemble**. C'est tout l'objet de la frontière qui croise les deux ([[choisir-sa-strategie]]).

::: science Le débat « 100 % actions » (Anarkulova-Cederburg), remis à sa place
Le papier « Beyond the Status Quo » (2023) de l'équipe Cederburg a fait grand bruit. Dans leur échantillon mondial, un portefeuille 100 % actions **diversifié internationalement** (un tiers domestique, deux tiers international) domine les mélanges actions-obligations pour le retraité. La raison : sur un siècle mondial, les obligations nominales se font périodiquement détruire par l'inflation, exactement quand les actions locales souffrent ([[anarkulova-cederburg]], [[regimes-de-marche]]).

La lecture honnête est nuancée. Le résultat attaque, à raison, **les obligations nominales domestiques** comme actif « sûr » de long terme, pas l'idée d'amortisseur ; la diversification internationale des actions y fait le travail défensif. Les répliques d'ERN et de Kitces soulignent la violence des chemins 100 % actions : des drawdowns réels de −60 à −80 % dans les queues, où aucun test d'admissibilité humain ne passe. Elles rappellent aussi la dépendance au traitement des périodes de guerre.

La synthèse utilisable tient en deux points. Le bord droit du plateau est moins pénalisé qu'on ne le disait **si** les actions sont mondialement diversifiées ([[diversification-internationale]]). Et la vraie leçon n'est pas « 100 % actions » mais « la poche défensive ne doit pas être que des obligations nominales ». D'où les linkers, l'or et la duration courte, que détaille la suite de cette partie ([[obligations-indexees]], [[or-en-retrait]], [[actifs-defensifs]]).
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## Au-delà du ratio : ce que « actions » et « obligations » doivent contenir

Le ratio ne suffit pas ; le contenu des deux poches déplace les résultats autant que le ratio lui-même.

**La poche actions.** Mondiale, à capitalisation large, la plus simple possible ([[etf-ucits-europeens]]). Le biais domestique est le premier défaut à corriger ([[diversification-internationale]]). Les inclinaisons factorielles (la décote de valorisation *value*, les *small caps*, [[facteurs-fama-french]]) sont un raffinement de second ordre, légitime mais optionnel. Ce qui est exclu, c'est la concentration, qu'il s'agisse de titres vifs, de secteurs ou d'un pays unique : le retraité n'a pas le temps de moyenner un risque idiosyncratique.

**La poche obligataire.** C'est elle qui demande le plus de soin, et elle a son article ([[obligations-en-retrait]]). Trois décisions en avant-première. D'abord la **qualité** : obligations d'État et *investment grade* uniquement. Le high yield est une action déguisée, qui fait défaut exactement dans les krachs et ne rend aucun des trois services. Ensuite la **duration** : intermédiaire, 5-8 ans, le compromis standard entre pouvoir amortisseur et risque de taux. L'année 2022 a rappelé ce que coûte la duration longue en régime inflationniste. Enfin la part **indexée** : les linkers couvrent le service que les nominales ne rendent pas ([[obligations-indexees]]).

**Le rééquilibrage**, enfin, est le troisième acteur silencieux. C'est lui qui matérialise le bénéfice de l'allocation : vendre ce qui a monté pour financer les retraits, racheter ce qui a baissé aux bornes. Le consensus pratique procède par bandes, ±5 points absolus autour de la cible, plutôt qu'au calendrier strict, et utilise les retraits comme premier outil de retour à la cible. La fréquence exacte est du troisième ordre (ERN volet 39). L'ennemi n'est pas le réglage fin, c'est la non-exécution dans les krachs. D'où le rééquilibrage écrit dans le plan, comme la règle de retrait ([[construire-son-plan]]).

## Le petit atlas des obligations

Jusqu'ici, « obligations » désigne un bloc. Or le bloc n'existe pas. Sous ce mot vivent des contrats très différents, qui ne paient pas la même chose, ne craignent pas les mêmes chocs et ne rendent pas les mêmes services. Une fois le ratio choisi, il reste à savoir de quoi la poche sera faite. Voici donc l'atlas : la carte d'identité, le bestiaire, le comportement de chaque espèce sous inflation et sous déflation, et ce que le véhicule change. La mécanique fine des prix et le cahier des charges complet de la poche restent dans [[obligations-en-retrait]].

**La carte d'identité.** Une obligation est un prêt coté. Un émetteur, État ou entreprise, emprunte un montant (le pair), verse un loyer annuel fixé d'avance (le coupon) et rembourse à une date connue, la **maturité**. Entre-temps le titre s'échange, et son prix bouge en sens inverse des taux de marché. Le rendement à l'échéance (yield to maturity, YTM), affiché sur toutes les fiches, dit ce que rapporte le titre acheté au prix du jour et gardé jusqu'au bout. C'est la seule classe d'actifs dont l'espérance se lit sur l'étiquette ([[rendements-attendus]]).

**Maturité et duration, deux mots pour le temps.** La maturité est le calendrier, la date du dernier flux. La **duration** est la durée moyenne pondérée de tous les flux, coupons compris, et c'est elle qui mesure le risque : un point de taux en plus coûte environ la duration en points de prix, un point en moins la rapporte. Les coupons rendent l'argent en route, ils raccourcissent donc la duration sous la maturité. Une obligation 10 ans à coupon 4 % vit autour d'une duration de 8, et un fonds « 7-10 ans » aussi. À l'extrême, le zéro-coupon ne verse rien avant l'échéance et sa duration égale sa maturité, on y revient plus bas.

::: figure duration-choc
Un même point de taux, cinq douleurs différentes. Le prix bouge d'environ la duration pour chaque point de variation des taux, dans les deux sens. Le monétaire ne sent presque rien, l'aggregate encaisse ±7 %, le zéro-coupon 30 ans ±29 %. Choisir sa duration, c'est régler ce curseur, pas prévoir les taux.
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**La courbe des taux.** Alignez les YTM d'un même émetteur, de 3 mois à 30 ans : vous obtenez la courbe des taux. Sa forme normale est croissante, car le long paie une **prime de terme** (term premium), le dédommagement de l'immobilisation et du risque de taux, historiquement 1 à 2 points sur le très long ([[primes-de-risque]]). Elle s'aplatit ou s'inverse quand le marché anticipe des baisses de taux. Pour un rentier, la courbe est une grille tarifaire. Elle affiche, maturité par maturité, ce que le marché paie pour chaque année de risque de taux supplémentaire, donc le prix exact auquel vous vendez la tranquillité de la duration courte.

## Le bestiaire, émetteur par émetteur

Tout rendement obligataire s'assemble à partir de quatre briques. Le taux réel sans risque, le loyer de l'argent. L'inflation anticipée, la compensation de l'érosion attendue. La prime de terme, qui croît avec la maturité. La **prime de crédit** (le spread) enfin, qui paie le risque de défaut de l'émetteur. Chaque type d'obligation dose ces quatre briques différemment, et le bestiaire se lit ainsi.

**Les souveraines du cœur.** Le Bund allemand est l'étalon sans risque de la zone euro. L'OAT française paie quelques dixièmes de plus, le spread France-Allemagne, prix d'un risque politique résiduel. Le Treasury américain et le gilt britannique sont leurs équivalents en dollars et en livres. Ce sont les refuges : quand la récession ou la panique frappe, l'argent va là, et presque uniquement là. Dans la zone 2024-2026, le 10 ans du cœur euro rapporte environ 1 à 1,5 % réel.

**Les souveraines à spread.** Le BTP italien, et dans une moindre mesure les dettes espagnole et portugaise, glissent du crédit dans le souverain. Le supplément, 0,5 à 2 points selon les années, rémunère un vrai risque, celui de 2011-2012, quand les dettes périphériques décrochaient en pleine crise au lieu d'amortir. L'aggregate euro en contient mécaniquement, et c'est acceptable. Mais le cœur défensif se juge au comportement de crise, pas au rendement.

**Les indexées.** TIPS américains, OATi et OAT€i françaises : le contrat y est écrit en réel, principal et coupons suivent l'indice des prix, et le rendement affiché est un taux réel garanti. C'est le seul type qui couvre l'inflation par surprise, et conceptuellement l'actif sans risque du rentier. Leur dossier complet, point mort, leçon de 2022 et échelle garantie, est dans [[obligations-indexees]].

**Le crédit investment grade.** Les obligations d'entreprises bien notées (BBB− et au-dessus, c'est le sens du label investment grade) paient le souverain plus 0,8 à 1,5 point de spread. Le supplément est réel mais conditionnel : le spread s'écarte dans les récessions, exactement quand les actions baissent. L'IG amortit donc moins bien que l'État. Il reste fréquentable en dose modérée, jamais comme cœur.

**Le high yield et les exotiques.** Sous BBB−, le spread brut grimpe à 3-5 points, mais les défauts en reprennent une bonne part et la corrélation aux actions monte vers 0,7 en crise. C'est une position actions déguisée, à ranger côté risque du portefeuille si l'on y tient, jamais côté défense ([[faux-actifs-defensifs]]). Même verdict pour la dette émergente (du crédit à spread large en devise forte, du change en plus en devise locale) et pour les subordonnées bancaires et autres CoCos, qui empilent les clauses. À l'inverse, les supranationaux (BEI) et les agences (KfW) sont des quasi-souverains AAA parfaitement fréquentables. Le test de tri ne change jamais : dans la poche défensive, chaque ligne doit pouvoir monter quand les actions plongent.

::: figure obligations-rendements
Ce que chaque espèce paie, en réel et en ordres de grandeur (zone 2024-2026, [[rendements-attendus]]). De haut en bas, on ajoute d'abord de la duration (la prime de terme), puis du crédit (le spread). Chaque cran de rendement se paie, en risque de taux d'abord, en corrélation aux actions ensuite. Les fourchettes hautes ne sont jamais gratuites.
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## Inflation, déflation : ce que chaque espèce encaisse

Deux chocs types organisent tout le comportement obligataire ([[regimes-de-marche]]). Le **choc déflationniste** d'abord, récession ou panique, 2008 ou 2020. Les banques centrales baissent les taux, et les nominales de qualité gagnent à proportion de leur duration, +8 % pour l'aggregate en 2008, +25 % et plus pour les longues. C'est le régime où la poche obligataire justifie son existence. Le crédit fait le chemin inverse : les spreads s'écartent, les défauts arrivent, et le high yield a perdu environ 25 % en 2008, en même temps que les actions. Les indexées, elles, restent à peu près neutres, l'indexation joue contre elles mais la baisse des taux réels compense.

Le **choc d'inflation** ensuite, 1973 ou 2022. Les taux montent, et chaque nominale perd sa duration multipliée par la hausse. La courte dispose d'une sortie de secours : ses titres arrivent vite à échéance et se réinvestissent aux nouveaux taux, deux ans de purgatoire et le rendement est reconstitué. La longue n'a pas cette porte. Elle encaisse tout, −30 à −40 % pour les durations 15 et plus en 2022, puis met des années à se refaire en réel. La seule espèce protégée par contrat est l'indexée, à condition de duration courte, comme 2022 l'a appris aux détenteurs de linkers longs ([[obligations-indexees]]). Le crédit, lui, cumule les peines quand l'inflation débouche sur une récession.

La figure ci-dessous est la synthèse à mémoriser, et elle tient en une phrase : aucune espèce ne gagne dans les deux chocs. La duration longue est une assurance-déflation, l'indexée une assurance-inflation, la courte un compromis qui n'assure ni l'une ni l'autre mais survit aux deux. C'est le fondement de la doctrine « diversifier les défenses » ([[actifs-defensifs]]). Et la vraie réponse à « combien d'obligations ? » commence souvent par « lesquelles ? ».

::: figure obligations-regimes
Cinq espèces, deux chocs, aucun gagnant double (rendements nominaux stylisés sur l'année du choc, 2008 pour la déflation, 2022 pour l'inflation). Les nominales longues brillent d'un côté et sombrent de l'autre. Les indexées courtes tiennent à peu près partout, seules à suivre les prix. Le crédit perd des deux côtés, par le spread en récession, par la duration en inflation.
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## ETF, fonds à échéance, zéro-coupon : le véhicule change la donne

**Ce que l'ETF change.** Un ETF obligataire détient des centaines de lignes et les renouvelle en continu pour rester dans sa tranche de maturités. Sa duration est donc à peu près **constante** : le fonds « 7-10 ans » sera encore un 7-10 ans dans vingt ans, il n'arrive jamais à échéance. Trois conséquences pratiques. Un, son espérance est son YTM courant, tenue à l'horizon de sa duration, ni plus ni moins ([[obligations-en-retrait]] démonte l'illusion du « je tiens à échéance, donc je ne perds jamais »). Deux, la duration devient un curseur qui se règle au cran près, 1-3 ans, 7-10, 25 et plus. « Acheter des obligations » n'existe plus, on achète une duration précise. Trois, sur une courbe croissante s'ajoute un petit supplément de **roll-down**, la plus-value du titre qui glisse le long de la courbe en vieillissant et que le fonds revend avant échéance. Restent les choix communs à tout ETF, part capitalisante et surtout part couverte en euros pour l'obligataire étranger, la stabilité étant précisément le service acheté ([[etf-ucits-europeens]]).

**Le fonds à échéance.** Les ETF à maturité datée (les « iBonds » et leurs équivalents) détiennent un panier d'obligations qui expirent toutes la même année, puis se liquident. Duration décroissante, valeur finale à peu près connue : c'est le titre en direct en format fonds, l'outil des dépenses datées et le barreau naturel d'une échelle ([[echelle-obligataire]]).

**Le zéro-coupon, l'obligation à l'état pur.** Pas de coupon, un seul flux au bout. Trois propriétés en découlent. Sa duration égale sa maturité, le maximum possible pour une échéance donnée. Son rendement d'achat est verrouillé sans **risque de réinvestissement** (reinvestment risk), ce risque de devoir replacer les coupons à des taux devenus médiocres. Et sa volatilité est extrême, ±29 % par point de taux pour un zéro 30 ans. D'où deux usages légitimes, et un contre-emploi. Usage un, adosser une dépense datée : 50 000 € dans douze ans se financent par un zéro de même échéance, rien à réinvestir, rien à décider. Usage deux, l'assurance-déflation la plus dense du menu, le maximum de duration par euro investi, la logique des poches longues des tous-temps poussée à bout ([[portefeuilles-tous-temps]]). Le contre-emploi est tout le reste, à commencer par « chercher du rendement » : les STRIPS longs (les Treasuries démembrés en zéros par le marché ; les OAT existent aussi en version démembrée) ont rendu −40 à −50 % en 2022. Dans l'univers UCITS, l'offre en zéros purs est quasi inexistante, et la duration très longue s'achète via les ETF d'État 25 ans et plus, duration 18 à 20 : l'essentiel de l'effet, sans l'outil exact.

::: figure duration-vehicules
La duration restante est la durée moyenne pondérée des flux encore à recevoir, c'est-à-dire la sensibilité du prix aux taux. L'ETF roulant renouvelle sa tranche et garde la sienne pour toujours, alors que le fonds daté et le zéro-coupon la voient fondre jusqu'à zéro le jour où ils rendent le capital (arithmétique pure, coupon et rendement posés à 3 %, duration relevée chaque année après le coupon).
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## Tester sur votre plan : le balayage d'allocation

Tout ce qui précède se vérifie sur votre propre plan, et l'exercice ne demande qu'une discipline : ne faire varier que la part d'actions, re-simuler, et lire la ruine à chaque cran. Voici la séance type. Partez de votre allocation réelle. Montez la part d'actions de 40 à 90 % par pas de 10, en notant à chaque pas la probabilité de ruine sous le modèle central, puis sous le broad-sample. Vous **verrez** votre plateau, souvent plus plat qu'attendu, et ses deux bords. Fixez ensuite la part admissible par vos deux tests, creux vivable et règle de retrait. Regardez enfin ce que les allocations encore en lice font dans la première décennie, celle qui décide de tout ([[sequence-des-rendements]]), puis dans les millésimes réels. Le 80/20 en 1966 et en 2000 est à regarder en face avant de signer. Une nuance de lecture pour finir : les modèles historiques rejouent **votre** fenêtre, favorable aux actions récentes, tandis que le broad-sample juge l'allocation sur le siècle. L'arbitrage entre les deux est le même que partout ([[historique-vs-parametrique]]).

Encore faut-il un outil qui accepte votre portefeuille tel qu'il est. Les rejoueurs historiques américains (cFIREsim, FICalc) raisonnent en grandes classes d'actifs sur les données américaines longues, ce qui suffit d'ailleurs pour trouver le plateau. Les simulateurs qui prennent le portefeuille ligne à ligne, comme Portfolio Visualizer ou pofo, montrent en plus ce que le contenu des poches change au verdict. Dans les deux cas le geste est le même, et un plan saisi une fois se rejoue autant de fois qu'il le faut.

::: exemple Un plateau rendu visible
Le plan : 1,5 M€, 52 000 €/an avec guardrails, 45 ans, pension à l'année 16. Le balayage donne, en ruine centrale puis broad-sample : 30/70 → 11 % / 19 % (bord gauche, l'érosion), 50/50 → 5 % / 11 %, 65/35 → 4 % / 9 %, 80/20 → 4 % / 9 %, 95/5 → 5 % / 10 % (bord droit, doux car la règle est flexible). Le plateau 50-90 est manifeste. Viennent les tests d'admissibilité. Le plancher des guardrails tient jusqu'à ~75 % d'actions ; au-delà, le pire quartile des dépenses servies passe des années sous le plancher. Le couple, lui, s'est connu à −35 % en 2020 sans vendre, pas au-delà. La décision : 70/30, avec une poche obligataire de 20 en nominales intermédiaires et 10 en linkers, rééquilibrage à bandes ±5, écrit au plan. Le balayage a pris dix minutes. La conversation sur le creux vivable, une soirée. Les bonnes proportions, encore.
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## L'essentiel à retenir

- La courbe taux-soutenable/part d'actions est un plateau large (~50-80 %) qui plonge des deux côtés : l'erreur grave est le sous-investissement en actions (l'érosion certaine), pas le surinvestissement (la volatilité coûteuse).
- Les obligations ne sont pas là pour rapporter mais pour trois services : amortir, financer les retraits au creux, borner les drawdowns. Ces services sont conditionnés au régime (l'inflation les casse tous, d'où linkers, or et diversification en complément).
- « Obligations » n'est pas un bloc. Tout rendement obligataire s'assemble en quatre briques (taux réel, inflation anticipée, prime de terme, spread), et chaque espèce les dose différemment : nominale longue = assurance-déflation, indexée = assurance-inflation, courte = compromis qui survit aux deux chocs, crédit = un pas vers les actions. En ETF, la duration est constante et se règle au cran près : on n'achète pas « des obligations », on achète une duration.
- Dans le plateau, trois curseurs décident : la profondeur de creux vivable (~−0,55 × part actions, à confronter à votre règle et à vos nerfs), la couverture du plancher (pension = obligation implicite, libère vers le haut), la règle de retrait (proportionnelle tolère plus d'actions que fixe).
- Le débat « 100 % actions » enseigne surtout que la poche défensive ne doit pas être 100 % obligations nominales domestiques, et que la diversification internationale des actions est elle-même défensive.
- Balayez **votre** plateau en dix minutes (une part d'actions par cran, re-simulée, lue sous le central puis sous le broad-sample), fixez la part par les tests d'admissibilité, écrivez ratio, contenu et règle de rééquilibrage. Puis passez à la dimension temporelle : [[glidepaths]].

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## Pour aller plus loin

- Bengen (1996) sur l'allocation optimale ; Trinity (1998) pour la grille par allocation ([[etude-trinity]]).
- Cederburg et al., « Beyond the Status Quo » (2023) et les réponses d'ERN et Kitces : le débat 100 % actions, dans le texte ([[anarkulova-cederburg]]).
- Early Retirement Now, volet 19-20 (allocation et glidepaths) et volet 39 (rééquilibrage) ([[serie-ern]]).
- Dans ce livre : toute la suite de la partie V, qui remplit les deux poches brique par brique.
