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# Combien il vous faut

« Il vous faut 25 fois vos dépenses annuelles. » La formule tient sur une ligne. Pourtant presque tout le monde se trompe en l'appliquant. L'erreur ne se loge pas dans la multiplication, mais dans ses deux termes. Quelles dépenses, exactement ? Et quel multiple, pour votre horizon, votre portefeuille, votre fiscalité et vos autres revenus ?

Cette page déroule le calcul complet, du relevé bancaire au capital cible. Elle ajoute les corrections que le calcul de comptoir oublie. À la fin, vous saurez produire **votre** chiffre, avec une fourchette honnête plutôt qu'une fausse précision.

::: cle La vraie formule
Capital cible = (dépenses annuelles brutes de la vie visée, impôts sur les retraits compris, moins les revenus non financiers actualisés) × un multiple entre 25 et 33 choisi selon l'horizon, le portefeuille et la flexibilité. Chaque terme de cette phrase fait l'objet d'une section ci-dessous.
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## Étape 1 : le vrai chiffre de vos dépenses

Le multiple amplifie tout : 200 € par mois oubliés, c'est 60 000 à 80 000 € de cible en moins, soit un à deux ans de travail. L'estimation des dépenses mérite donc plus de soin que le choix du taux de retrait.

**Partez des relevés, pas du ressenti.** Exportez 12 mois (idéalement 24) de tous vos comptes et cartes, et classez. L'écart entre dépenses perçues et réelles est presque toujours de 15 à 25 %, toujours dans le même sens.

**Réintégrez l'irrégulier.** Une voiture tous les 8 ans, une chaudière tous les 15, un toit tous les 30, les cadeaux, les vacances exceptionnelles, le vétérinaire : annualisez tout. Règle pratique pour un propriétaire, l'entretien à long terme coûte 1 à 2 % de la valeur du bien par an, même si l'année écoulée n'a « rien coûté ».

**Projetez la vie visée, pas la vie actuelle.** Le FIRE change la structure des dépenses. Moins de transport domicile-travail, moins de repas pris dehors par contrainte, moins de « compensations » d'un travail pénible. Plus de loisirs, de voyages, de temps libre à remplir. Et surtout une mutuelle santé entièrement à votre charge (comptez 150 à 300 €/mois pour un couple de quadragénaires, davantage avec l'âge, [[sante-et-protection-sociale]]).

**Pensez en paliers d'âge.** Les dépenses réelles des retraités dessinent un « sourire » : fortes et tournées vers les voyages au début, plus calmes ensuite, puis reparties à la hausse en fin de vie avec la santé et la dépendance ([[depenses-en-retraite]]). Pour le dimensionnement initial, une bonne approximation consiste à planifier le plateau haut du début, en sachant que la pente naturelle joue pour vous.

::: astuce Trois budgets, pas un
Établissez trois chiffres : le budget **plancher** (l'incompressible, logement, alimentation, santé, assurances, impôts), le budget **confort** (la vie visée) et le budget **rêve** (avec les extras). L'écart entre plancher et confort est votre flexibilité mobilisable en cas de mauvaise décennie ([[flexibilite-realite]]). Les stratégies modernes de retrait en font un paramètre explicite ([[plancher-plafond]]). Un plan dont le plancher est à 90 % du confort est fragile ; à 70 %, il est robuste.
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## Étape 2 : la correction fiscale, l'oubli qui coûte le plus cher

Les études américaines raisonnent hors impôt, et le multiple de 25 aussi. Or vos retraits seront partiellement taxés. Vous visez un niveau de dépenses net, mais le retrait qui le finance part du brut.

En France, l'imposition dépend de l'enveloppe ([[enveloppes-francaises]], [[flat-tax-et-imposition]]). Sur un CTO, la plus-value incluse dans chaque retrait subit le PFU, 31,4 % depuis 2026 (12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux). Sur une assurance-vie de plus de 8 ans, la part de gains supporte 24,7 % (7,5 % d'impôt et 17,2 % de prélèvements sociaux, l'assurance-vie ayant été épargnée par la hausse de 2026). Un abattement annuel, 4 600 € de gains pour une personne seule et 9 200 € pour un couple, efface l'impôt sur le revenu mais jamais les prélèvements sociaux. La friction n'y descend donc pas sous 17,2 % de la part de gains. Sur un PEA de plus de 5 ans, 18,6 % sur les gains. Ajoutez enfin la cotisation subsidiaire maladie, dite taxe PUMa. Elle peut prélever de l'ordre de 6,5 % des revenus du capital d'un rentier sans activité ([[taxe-puma]]).

**Ordre de grandeur utile** : pour un rentier français précoce dont le portefeuille a beaucoup de plus-values latentes, la friction fiscale totale sur les retraits se situe typiquement entre 8 et 20 % selon les enveloppes et le montage. Une correction simple et prudente : majorer les dépenses cibles de 10 à 15 % pour couvrir impôts et PUMa, puis affiner avec votre situation réelle.

::: exemple Du net au brut
Dépenses visées : 36 000 €/an nets. Portefeuille réparti entre PEA mûr, assurance-vie de plus de 8 ans et CTO ; friction fiscale estimée : 12 %. Dépenses brutes à financer : 36 000 / 0,88 ≈ 40 900 €/an. À 3,5 %, la cible passe de 1 029 000 € (calcul naïf sur le net) à 1 169 000 €. L'oubli de la fiscalité aurait sous-dimensionné le plan de 140 000 €, soit environ deux ans d'épargne pour un couple de cadres.
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## Étape 3 : soustraire les revenus non financiers

Le portefeuille n'a pas à financer ce que d'autres revenus financeront. Trois catégories, à traiter différemment.

**La retraite légale.** Même parti à 42 ans, un Français a généralement validé des trimestres. Il touchera une pension, réduite mais réelle, à 64-67 ans ([[retraite-legale]]). L'ignorer est l'erreur conservatrice la plus courante, et elle coûte cher en années de travail superflues. La bonne façon de la compter n'est pas de la soustraire du budget, car elle n'arrive que dans 20 ou 25 ans. On la modélise plutôt comme un revenu différé, c'est-à-dire un flux daté, exprimé en euros constants, qui vient alléger les retraits à partir de son année de démarrage. Tout simulateur sérieux sait recevoir un tel flux. L'effet sur la probabilité de ruine est souvent spectaculaire, car la pension soulage précisément les scénarios longs, ceux où le portefeuille s'épuise.

**Les revenus quasi certains** : loyers d'un bien détenu ([[immobilier-en-retrait]]), pension déjà liquidée, rente d'assurance. Soustrayez-les des dépenses, en gardant une décote de prudence (vacance locative, fiscalité propre).

**Les revenus espérés mais non garantis** : activité partielle, monétisation d'une passion ([[retour-au-travail]]). Ne les soustrayez pas du dimensionnement. Traitez-les comme une marge de sécurité. Le plan doit tenir sans eux. Ils rendront seulement la traversée plus douce.

## Étape 4 : choisir le multiple

Le multiple est l'inverse du taux de retrait ([[la-regle-des-4-pourcents]]). Le choisir, c'est choisir votre taux. Vous arbitrez donc entre des années de travail supplémentaires et le risque de devoir vous ajuster plus tard. Les repères que donne la recherche ([[serie-ern]], [[guardrails-morningstar]], [[anarkulova-cederburg]]) :

| Multiple | Taux | Pour qui |
|---|---|---|
| 25 (4 %) | 4,0 % | Horizon ≤ 30 ans, ou horizon long avec fortes marges : flexibilité réelle, pension légale future, revenus partiels probables |
| 28-29 (3,5 %) | ~3,5 % | Le compromis de travail pour un départ précoce avec un portefeuille mondial diversifié et une flexibilité normale |
| 33 (3 %) | 3,0 % | Horizon très long sans aucune marge, budget déjà au plancher, forte aversion au risque, ou foi dans l'échantillon mondial pessimiste |
| > 33 | < 3 % | Rarement rationnel : à ce stade, le risque dominant n'est plus la ruine, c'est de mourir riche en ayant travaillé des années de trop ([[une-annee-de-plus]]) |

::: figure cible-convexite
Les trois lignes du tableau posées sur la courbe qui les relie. Le multiple étant l'inverse exact du taux, chaque demi-point de prudence coûte plus cher que le précédent, et la ligne « > 33 » est une propriété de cette courbe, pas une opinion.
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Deux forces tirent ce choix en sens contraires, et il faut les nommer pour arbitrer honnêtement. Vers le bas (multiple haut) : horizon long, valorisations de départ élevées ([[valorisations-et-cape]]), monde plus large que l'échantillon américain, frais et fiscalité. Vers le haut (multiple bas) : flexibilité réelle des dépenses, revenus futurs (pension !), capacité de retour au travail, stratégie de retrait adaptative ([[choisir-sa-strategie]]). Il faut y ajouter un fait souvent oublié. Le « succès » binaire du simulateur est une mesure trop brutale. La plupart des « échecs » historiques du 3,5 % sont des trajectoires où l'on aurait vu venir le problème dix ans à l'avance ([[quand-s-inquieter]]).

::: science Le multiple n'est pas un choix de précision, c'est un choix de posture
L'écart entre 25x et 33x représente typiquement 3 à 6 ans de travail supplémentaires pour un épargnant à 40-50 % de taux d'épargne. La recherche ne peut pas trancher à votre place. Elle borne l'intervalle raisonnable (25 à 33) et quantifie ce que chaque protection vous « rembourse » en multiple. Le choix final est un arbitrage de vie entre deux risques asymétriques : manquer d'argent à 80 ans (grave, mais visible longtemps à l'avance et amorti par la pension), ou sacrifier des années de vie active irremplaçables. C'est **votre** arbitrage. Méfiez-vous de quiconque le tranche pour vous avec assurance, dans un sens comme dans l'autre.
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## Étape 5 : assembler, puis stresser

Le calcul complet tient en cinq lignes. Reprenons-le sur un cas réaliste.

::: exemple Le calcul de bout en bout
Nadia et Marc, 41 et 43 ans, visent l'arrêt à 48 ans.

1. **Relevés de 24 mois** → 3 400 €/mois de dépenses réelles, irrégulier annualisé compris.
2. **Vie visée** → + 350 €/mois de voyages et loisirs, + 220 €/mois de mutuelle, soit **3 970 €/mois, ou 47 600 €/an nets**.
3. **Friction fiscale estimée** → 12 % (PEA + AV mûres + CTO, PUMa comprise), soit **54 100 €/an bruts**.
4. **Revenus non financiers** → aucun avant 65 ans. Pensions estimées à 2 100 €/mois pour le couple à 65-67 ans ([info-retraite.fr](https://www.info-retraite.fr)), données au simulateur et non soustraites.
5. **Multiple** → horizon 45 ans, portefeuille mondial 70/30, plancher à 75 % du confort, d'où **3,5 %, soit 28,6x**.

**Cible : 54 100 × 28,6 ≈ 1 547 000 €.**

Vérification en simulation, à 1 550 000 € et 54 100 €/an avec pensions à 66 ans : ruine centrale ~5 %, sous la zone de travail des 10-20 % ([[ruine-et-probabilites]]) par construction, puisque la pension est comptée et le multiple déjà prudent. Le même plan **sans** les pensions afficherait ~12 %, et aurait exigé ~200 000 € de plus. La pension légale « vaut » ici quatre ans de travail. Voilà pourquoi on ne l'oublie pas.
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::: figure cible-cascade
Le même calcul, marche par marche, en euros de capital. Les deux corrections que le calcul de comptoir oublie, la friction fiscale et la retraite légale, pèsent chacune plus lourd que le budget voyages, et en sens opposés.
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Le chiffre obtenu n'est pas une ligne d'arrivée sacrée. C'est le centre d'une fourchette. Stressez-le : ± 10 % sur les dépenses, ± 0,5 point sur le taux, pension décalée de deux ans. Si la conclusion (la date de départ, en pratique) survit à ces secousses, le plan est solide. Si elle bascule, vous savez quel paramètre travailler. Rejouer le plan sous ces quelques variantes est l'usage le plus rentable d'un simulateur, bien plus utile que de contempler le premier verdict obtenu.

## Les raccourcis qui trompent

**« Je prends mes dépenses actuelles. »** Presque toujours faux dans les deux sens : trop haut (crédit immobilier qui s'éteint, enfants qui partent, frais professionnels) et trop bas (mutuelle, santé, loisirs du temps libéré, entretien du logement repoussé). Faites le vrai travail de l'étape 1.

**« Le simulateur dit 97 %, donc c'est bon. »** Un simulateur ne vaut que par ses entrées et son modèle ([[pieges-des-simulateurs]]). 97 % sur des fenêtres historiques américaines avec des dépenses sous-estimées de 15 %, c'est un faux confort. La bonne pratique : plusieurs modèles lus côte à côte ([[historique-vs-parametrique]]), des entrées auditées, et de la marge.

**« J'ajoute l'immobilier de résidence à mon capital. »** Votre résidence principale réduit vos dépenses (pas de loyer), mais elle ne produit pas de retraits. La compter dans le capital cible revient à compter deux fois son effet. Elle reste une réserve de dernier recours (vente, viager, [[immobilier-en-retrait]]), c'est-à-dire une marge, pas un actif du plan.

**« Je vise le chiffre, puis j'arrête d'y penser. »** La cible bouge avec votre vie. Elle se recalcule une fois par an, en dix minutes, dans la revue annuelle ([[revue-annuelle]]).

## L'essentiel à retenir

- La cible = dépenses brutes (fiscalité comprise, + 10 à 15 % pour un rentier français typique) × 25 à 33.
- Le terme le plus incertain est les dépenses : 24 mois de relevés, irrégulier annualisé, mutuelle ajoutée, trois budgets (plancher, confort, rêve).
- La retraite légale se donne au simulateur comme revenu différé. L'oublier coûte des années de travail superflues.
- Le multiple est un arbitrage de posture entre 25 et 33. Le 28-29 (3,5 %) est le compromis de travail moderne pour un départ précoce diversifié.
- Le résultat est une fourchette à stresser, pas un chiffre à graver. La suite logique est [[utiliser-la-page-fire]] pour le mettre à l'épreuve, puis [[panorama-strategies-retrait]] pour choisir comment le dépenser.

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## Pour aller plus loin

- Early Retirement Now, SWR Series volet 2 (préservation vs consommation du capital) et volet 28 (l'outil de calcul) : [earlyretirementnow.com](https://earlyretirementnow.com) ([[serie-ern]]).
- [info-retraite.fr](https://www.info-retraite.fr) : votre relevé de carrière et l'estimation officielle de vos pensions, l'entrée « revenus différés » de votre plan ([[retraite-legale]]).
- Morningstar, *The State of Retirement Income* : les taux recommandés recalculés chaque année ([[guardrails-morningstar]]).
- Le simulateur FIRE de pofo ([[utiliser-la-page-fire]]), et ce qu'il calcule exactement ([[la-machine-pofo]]).
