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# Pensions et revenus complémentaires dans le plan

Presque aucun plan réel n'est un portefeuille seul contre le monde. Il y a la pension légale, qui arrivera un jour ([[retraite-legale]]). Parfois des loyers ([[immobilier-en-retrait]]). Une activité dosée ([[retour-au-travail]]). Une rente, et peut-être un héritage lointain. Or la façon de **compter** ces flux dans le plan pèse plus lourd que la plupart des choix de portefeuille. Les analyses de sensibilité classent d'ailleurs la pension au deuxième rang des variables du plan, juste derrière les dépenses.

Ce chapitre est le manuel de comptabilité de ces revenus. Il pose d'abord la taxonomie : garantis, quasi sûrs, espérés, trois traitements distincts que l'on confond à ses dépens. Il détaille ensuite les mécanismes par lesquels un flux transforme un plan. Un flux ne fait pas que réduire les retraits ; il raccourcit l'horizon à risque, écrase la queue de longévité et vaut une allocation obligataire implicite. Vient la modélisation concrète dans un plan chiffré (montant net réel, année de début, année de fin, hypothèses de pension et pièges de saisie), puis les cas particuliers (loyers, rentes, héritages délicats, revenus du conjoint). Enfin la contre-vérification, car un plan peut aussi être **trop** adossé. Quand les flux promis dominent tout, c'est leur risque propre (politique, locatif, santé de l'activité) qui devient le risque du plan.

::: cle La taxonomie qui décide de tout
**Trois** catégories, trois traitements.

Les **garantis** : pension légale liquidable, rentes en cours. Ils entrent au plan, décotés de leur risque propre, soit 10-20 % de décote politique pour la pension.

Les **quasi sûrs** : loyers d'un bien détenu, pension du conjoint. Ils entrent aussi, décotés de 15-25 %.

Les **espérés** : activité future, revenus d'appoint (side income), héritages. Ceux-là n'**entrent pas**. Le plan doit tenir sans eux. Ce sont des **marges**, nommées dans le plan et cultivées, mais jamais comptées ([[retour-au-travail]]).

La discipline paie double. Le plan reste honnête, et chaque bonne surprise le renforce au lieu de le sauver.
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## Ce qu'un flux fait à un plan : les quatre mécanismes

Un revenu de 15 k€/an dans un plan à 50 k€ de dépenses ne « réduit pas les retraits de 30 % ». Il fait quatre choses, dont trois échappent à l'intuition.

**1. Il réduit les retraits nets, mais seulement quand il tombe.** C'est l'évidence, avec sa subtilité temporelle. Une pension qui démarre à l'année 17 ne réduit **rien** pendant la phase de pont. De là vient la structure en deux régimes de tout plan français : une phase à découvert, puis une phase adossée ([[horizon-et-esperance-de-vie]]). Et de là vient le mécanisme suivant.

**2. Il raccourcit l'horizon à risque.** C'est le vrai service de la pension. Le « plan de 50 ans » devient un pont de 17 ans, complété ensuite. Le risque de séquence et la falaise du fixe se concentrent alors sur le seul pont ([[sequence-des-rendements]]). C'est pourquoi ajouter la pension au modèle divise souvent la ruine par 2 à 4, l'oubli le plus cher ([[erreurs-classiques-fire]]). La pension arrive **précisément** dans les scénarios longs, ceux où le portefeuille fatigue.

**3. Il écrase la queue de longévité.** Un flux **viager** (pension, rente) couvre le seul risque que le capital couvre mal : vivre très longtemps ([[rentes-et-annuites]], [[horizon-et-esperance-de-vie]]). Regardez la ruine pondérée par la mortalité. Les scénarios « vivant, ruiné, 95 ans » deviennent « vivant, au plancher pension, 95 ans ». C'est un tout autre événement.

**4. Il constitue une allocation obligataire implicite.** C'est la lecture TPAW ([[amortissement-abw]]). Une pension de 20 k€/an, actualisée, « pèse » 300-450 k€ d'obligation d'État indexée dans le patrimoine total. À risque global égal, le portefeuille **visible** peut donc porter plus d'actions ([[allocation-actions-obligations]], la notion de couverture du plancher). Le quinquagénaire à pension future qui garde 40 % d'obligations par prudence est souvent, en réalité, sous-investi. La prudence était déjà dans sa pension.

## Modéliser un flux : trois nombres et leurs pièges

Un revenu extérieur se décrit par trois nombres seulement. Un montant annuel, une année de début, une année de fin. Le montant se saisit **net** et en euros constants, donc après impôt et supposé suivre l'inflation, comme tout le reste d'un plan de décumulation ([[inflation-et-taux-de-retrait]]). Le calcul est ensuite d'une simplicité désarmante. Chaque année, le flux se soustrait du besoin, et le portefeuille ne finance que la différence. Deux formes couvrent tout. Le flux **viager** n'a pas d'année de fin, c'est la pension ou la rente. Le flux **daté** en a une, ce sont les loyers d'un bien qu'on vendra, une activité, une allocation chômage. Tout simulateur sérieux offre les deux, et s'en passer revient à faire tourner un plan qui n'est pas le vôtre.

**La pension se saisit en trois versions, jamais en une.** Y entrent la pension légale décotée, les rentes viagères en cours et la réversion pondérée, chacune à sa date de liquidation. Comme le montant reste incertain à vingt ans de distance, la bonne pratique consiste à faire tourner le plan sous trois hypothèses. Un scénario stressé d'abord, pension rabotée de 20 à 30 % et âge repoussé. Les seuls droits déjà acquis ensuite, c'est-à-dire le plancher obtenu si la carrière s'arrête aujourd'hui. L'estimation du simulateur officiel enfin, en France le service inter-régimes M@rel ([[retraite-legale]]). Trois saisies, trois taux de ruine, une fourchette. C'est l'écart entre les trois qui informe, pas le chiffre du milieu.

Trois pièges de saisie guettent au passage. D'abord le **montant brut** recopié du relevé, alors qu'il faut le net décoté. Ensuite l'**année** trop optimiste : pour une carrière courte, comptez 67 ans plutôt que 64, sauf calcul contraire. Enfin l'oubli de la **deuxième** pension du couple. Sommez les flux du ménage, chacun à sa date, quitte à pondérer l'écart d'années par une entrée moyenne.

**Le revenu d'appoint se modélise en flux daté.** Y entrent les loyers nets décotés d'un bien qu'on vendra, l'activité **structurelle** d'un semi-FIRE et l'allocation chômage de la transition. L'activité ne se compte que dans ce cas, lorsqu'elle est un paramètre assumé du plan ([[retour-au-travail]]). Le piège est unique mais grave : y glisser les revenus **espérés** de la catégorie 3. Le simulateur vous dira alors ce que vous voulez entendre. C'est exactement le p-hacking de scénarios ([[pieges-des-simulateurs]]).

**Et l'année de début compte autant que le montant.** Un euro d'appoint ne vaut pas la même chose selon la date où il tombe. Placé dans les cinq premières années, il évite de vendre des parts pendant une baisse, donc il attaque le risque de séquence exactement là où celui-ci se joue ([[sequence-des-rendements]]). Placé à l'année 25, il n'est plus qu'un supplément de confort, car le sort du plan est déjà largement scellé. Un appoint modeste et précoce achète ainsi plus de sécurité qu'une rallonge de capital bien plus grosse. C'est la meilleure assurance anti-séquence disponible, et ce mécanisme explique à lui seul l'efficacité du semi-FIRE et du mi-temps doux ([[retour-au-travail]]).

Reste la lecture après saisie. La sensibilité se **teste** : faites varier la pension de ±20 % et de ±2 ans. Si la ruine bascule, le plan est un pari sur la pension (voir la contre-vérification plus bas). Les outils dotés d'un solveur en mouvements équivalents chiffrent directement ces échanges ([[une-annee-de-plus]]). On y voit « 500 €/mois d'appoint pendant 5 ans » côtoyer « 80 k€ de capital », un menu qui remet les grandeurs en face.

::: science Les cas délicats : loyers, héritages, conjoint
**Les loyers** sont quasi sûrs, mais ni viagers ni sans travail. La règle vient de [[immobilier-en-retrait]] : un net-net réaliste, décoté de 15-25 %. Modélisez-les en flux daté jusqu'à l'année de vente prévue, ou en flux viager si la détention est à vie, et listez la valeur du bien en réserve. Nommez au passage leur risque propre : vacance, réglementation, gestion à 75 ans.

**Les héritages** forment le sujet inconfortable. Statistiquement probables pour beaucoup de quadragénaires FIRE, ils ne se comptent **jamais**. Le montant, la date et l'affectation sont triplement incertains, ne serait-ce qu'à cause de la dépendance possible des parents ([[sante-et-protection-sociale]]). Et faire dépendre son plan d'un décès pour boucler est malsain par construction. Catégorie 3, marge nommée, point final. Le plan qui a **besoin** de l'héritage n'est pas un plan.

**Le conjoint qui travaille encore** relève d'un autre cas ([[couple-et-famille]]). Son salaire est un flux daté, jusqu'à sa date de départ, avec sa volonté pour risque propre, à décoter si le décalage est subi. Sa pension future, elle, s'ajoute au flux viager du ménage.

**Les allocations de transition** (le chômage après une rupture conventionnelle) sont un flux daté, court et sûr. Ces 18-24 mois amortissent exactement le début de la fenêtre fragile. À compter sans état d'âme.
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## La contre-vérification : le plan trop adossé

La discipline de ce chapitre pousse à adosser. La lucidité impose la borne inverse. Un plan dont 70-80 % du plancher repose sur des flux promis a **concentré** son risque sur ces promesses. La pension légale porte un risque politique : les décotes de 10-20 % existent pour cela, et un plan qui casse si la décote passe à 30 % mérite d'être regardé de près ([[retraite-legale]]). Les loyers portent un risque réglementaire et de gestion. L'activité structurelle porte un risque de santé et d'envie : le Barista de 48 ans sera-t-il encore le Barista de 61 ans ?

Le test de robustesse s'applique à la conception comme aux revues ([[revue-annuelle]]). Reprenez le plan **sans** chaque flux, un par un, ce flux ramené à zéro, deux minutes par test. La ruine qui en sort n'a pas à rester sous le seuil, c'est tout l'intérêt des flux. Mais elle doit rester dans la zone du **rattrapable**, celle pour laquelle le playbook a des paliers ([[quand-s-inquieter]]). Si la perte d'un flux rend le plan irrécupérable, ce flux n'est pas une marge du plan. Il est le plan. Il mérite alors le traitement d'un actif central : diversification, entretien, plan B écrits.

::: exemple La comptabilité des flux d'un plan réel
Prenons le ménage type de ce livre, à la conception.

La pension légale du couple : M@rel donne 31 k€/an à 67 ans, décote 15 %, soit **26 k€ de flux viager à partir de l'année 19** (garanti décoté). Les loyers du T2 conservé : 8,4 k€ net-net, décote 20 %, soit **6,7 k€ de flux daté jusqu'à l'année 12** (vente prévue à 60 ans, quasi sûr). Le chômage de transition ajoute **18 k€ les années 1-2** (sûr et court). Les missions probables de madame (~10 k€/an), l'héritage plausible et la réversion sont **nommés** dans le bloc marges, mais comptés nulle part.

Les résultats parlent. La ruine centrale tombe à 3,9 %, contre 10,8 % en ignorant tous ces flux, et la moitié de l'écart vient de la seule pension. La contre-vérification tient. Sans les loyers, la ruine monte à 4,6 % (rattrapable). Avec la pension décotée à 30 % au lieu de 15, elle monte à 5,4 % (rattrapable). **Tout** à zéro, elle revient à 10,8 %, dur mais non irrécupérable avec les paliers. Le plan est adossé, pas suspendu. Vingt minutes de saisie rigoureuse : le facteur 2,8 sur la ruine était là, pas dans un choix d'ETF.
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## L'essentiel à retenir

- Trois catégories, trois traitements : garantis (comptés, décotés 10-20 %), quasi sûrs (comptés, décotés 15-25 %), espérés (**jamais** comptés, marges nommées et cultivées). La confusion entre les trois est l'erreur structurante du dimensionnement.
- Un flux fait quatre choses : réduire les retraits à sa date, raccourcir l'horizon à risque (le plan devient un pont), écraser la queue de longévité (s'il est viager), et constituer de l'allocation obligataire implicite (le portefeuille visible peut oser davantage).
- Trois nombres suffisent à saisir un flux : un montant net réel, une année de début, une année de fin. La pension est un flux viager décoté, sommé pour le couple et testé sous trois hypothèses ; le revenu d'appoint est un flux daté, d'autant plus précieux qu'il tombe tôt. Et jamais les espérés, car un simulateur complaisant est un simulateur mort.
- Les héritages ne se comptent jamais ; le salaire du conjoint est un flux daté à risque propre ; les loyers gardent leur décote et leur date de vente.
- La contre-vérification ferme le chapitre : le plan privé de chaque flux, un par un, doit rester **rattrapable**. Le flux dont la perte est irrécupérable n'est pas une marge. Il est le plan, et se gère comme tel.

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## Pour aller plus loin

- Early Retirement Now, volet 4 (la Sécurité sociale dans le SWR) et volet 32 (« You are a Pension Fund of One ») : la comptabilité des flux, version US ([[serie-ern]]).
- Dans pofo : la saisie des deux flux, leurs hypothèses de pension et le solveur en mouvements équivalents ([[utiliser-la-page-fire]]).
- Dans ce livre : [[retraite-legale]] (le flux n° 1 et sa décote), [[retour-au-travail]] (quand l'activité se compte), [[immobilier-en-retrait]] (les loyers), [[amortissement-abw]] (la richesse totale actualisée), [[horizon-et-esperance-de-vie]] (le pont).
