Le cash amélioré : monétaire, CLO AAA, fonds euros

L'article sur le matelas (Le matelas de liquidités : taille, coût, vrai rôle) répond à la question de la taille : combien d'années de dépenses garder en liquidités, et à quel prix de performance. Il ne dit pas avec quoi remplir cette poche, et c'est pourtant une décision à part entière. Un rentier qui garde trois ans de dépenses de côté immobilise souvent 60 000 à 120 000 €, pendant trente ans. Un point de rendement de plus sur cette somme, c'est un voyage par an, indéfiniment.

L'ennui, c'est que chaque cran de rendement supplémentaire s'achète en risque, et que ce risque a la mauvaise habitude de se réveiller au moment précis où la poche courte doit servir. Cet article classe les instruments du plus inerte au plus rémunérateur, mesure l'écart réel entre eux, et démonte l'étage le moins connu du public français, les CLO AAA, arrivés en ETF européen en 2024.

Les étages de l'échelle§

Les livrets réglementés sont le seul instrument sans aucun risque de marché. Le capital est garanti, la liquidité est immédiate, l'intérêt est exonéré. Leur taux est administré, révisé deux fois par an, et leurs plafonds sont vite atteints. C'est l'étage zéro, celui des six premiers mois de dépenses, et il n'a pas de concurrent sérieux pour ce rôle.

Le fonds euros de l'assurance-vie offre une garantie en capital contractuelle et un rendement publié chaque année. Il a deux qualités rares pour un rentier : une valeur qui ne baisse jamais, et une fiscalité d'enveloppe plus douce que celle du compte-titres (PFU, barème, abattements : l'imposition des retraits, PEA, assurance-vie, CTO : les enveloppes du rentier français). Il a deux défauts, un rendement qui suit les taux avec deux ans de retard, et une liquidité contractuelle plutôt qu'instantanée, l'assureur disposant légalement d'un délai de règlement.

L'ETF monétaire réplique le taux au jour le jour de la zone euro, l'ESTR, pour environ 0,10 % de frais. Sur un compte-titres, c'est l'instrument le plus proche du cash pur : 0,25 % de volatilité, une pire baisse qui se compte en points de base. C'est l'étalon auquel tout le reste doit se comparer.

L'obligataire ultra-court y ajoute du crédit d'entreprise à très courte échéance. Le supplément mesuré est réel mais modeste, environ 27 points de base par an, pour une pire baisse d'une vingtaine de points de base. Un étage honnête, sans surprise.

Le CLO AAA occupe le dernier étage, le plus rémunérateur : environ 130 points de base au-dessus du monétaire, contre un risque de prix les mauvaises années. C'est aussi le moins connu du lot, et le plus mal-aimé à cause de son sigle, si bien qu'il mérite d'être démonté pièce par pièce. C'est l'objet de la section suivante.

Les fonds à échéance, ou fonds datés, forment enfin un étage à part, ni tout à fait de la trésorerie ni tout à fait de l'obligataire classique. Ils ont leur section plus bas.

Le CLO, démonté pièce par pièce§

Le sigle fait peur (il sonne comme CDO, ces titrisations de crédits immobiliers au cœur de la crise de 2008), et cette peur est le principal obstacle. Elle se soigne en démontant l'objet, qui est plus simple qu'il n'en a l'air.

Le carburant : des prêts d'entreprise. Un CLO (collateralised loan obligation, obligation adossée à des prêts) est un véhicule qui achète un portefeuille de 150 à 250 prêts, dits leveraged loans (prêts à effet de levier). Ces prêts financent des entreprises endettées, notées en catégorie spéculative, souvent à la suite d'un rachat par un fonds. Trois traits les définissent. Ils sont à taux variable, l'Euribor plus une marge de l'ordre de 350 à 400 points de base. Ils sont garantis par les actifs de l'emprunteur. Et ils sont de premier rang : en cas de faillite, ils passent avant toutes les obligations de l'entreprise, d'où des recouvrements historiques de 60 à 70 %, contre 40 % environ pour une obligation classique.

La cascade. Pour financer cet achat, le véhicule émet des tranches hiérarchisées, et les flux du portefeuille les servent dans l'ordre, comme une cascade remplit des bassins successifs. Les intérêts des prêts paient d'abord la tranche AAA, puis la AA, et ainsi de suite jusqu'au reliquat, l'equity, qui touche ce qui reste. Les pertes remontent en sens inverse : chaque défaut ronge d'abord l'equity, puis les tranches basses, une à une. La tranche AAA est donc protégée par tout ce qui se trouve sous elle, un coussin d'environ 38 % du portefeuille. Les ordres de grandeur d'une structure européenne type, avec les écarts cotés en 2026 :

TranchePart de la structureCoussin sous la trancheÉcart sur l'Euribor
AAA≈ 60 %≈ 38 %≈ 130 bp
AA≈ 11 %≈ 27 %≈ 200 bp
A≈ 6 %≈ 21 %≈ 250 bp
BBB≈ 7 %≈ 15 %≈ 335 bp
BB≈ 5 %≈ 10 %550 à 850 bp
Equity≈ 9 %aucunle solde, non contractuel

(bp, basis points : les points de base, centièmes de point de pourcentage.)

L'arithmétique du coussin. La perte sur un prêt vaut le défaut multiplié par la part non recouvrée. À 65 % de recouvrement, chaque défaut coûte 35 % de sa mise ; pour percer un coussin de 38 %, il faudrait donc que la quasi-totalité du portefeuille fasse défaut pendant la vie du véhicule. La pire année de l'histoire des leveraged loans, 2009, a vu environ 10 % de défauts et des recouvrements dégradés, soit une perte de panier de l'ordre de 4 %. Il faudrait enchaîner une décennie de 2009 pour approcher le coussin, et les garde-fous internes fermeraient les vannes bien avant.

Les garde-fous internes. La structure se surveille elle-même, par des tests contractuels vérifiés chaque trimestre. Le test de surdimensionnement (overcollateralisation) contrôle que la valeur des prêts couvre chaque tranche avec la marge prévue ; le test de couverture des intérêts fait de même pour les flux. Dès qu'un test casse, la cascade se referme : les paiements aux tranches basses et à l'equity sont suspendus, et l'argent rembourse la AAA par anticipation. Autrement dit, la structure se dégrade au profit du senior. S'y ajoutent des règles de diversification, au plus 2 % environ par emprunteur et des plafonds par secteur, qui interdisent au gérant de concentrer le portefeuille.

La vie du véhicule. Un CLO naît avec un calendrier : deux ans environ sans remboursement anticipé possible (le non-call), puis quatre à cinq ans de réinvestissement, pendant lesquels le gérant recycle les remboursements en nouveaux prêts, puis l'amortissement, où chaque euro remboursé descend la cascade et éteint la AAA en premier. L'ETF efface ce calendrier pour vous : il vend les tranches qui s'amortissent, souscrit aux émissions nouvelles, et livre en continu le même profil. C'est un confort, et un rappel : vous ne détenez pas un titre qui mûrit, vous détenez une exposition permanente au spread.

Et 2008, alors ? Les CLO d'avant-crise ont traversé l'épreuve sans qu'une seule tranche AAA perde un centime de nominal, pendant que leurs cousins CDO, adossés à des crédits immobiliers corrélés entre eux, s'effondraient. La différence tenait au collatéral et à la cascade. Les structures actuelles, redessinées après 2010, portent en plus un coussin renforcé : la subordination de la AAA est passée d'environ 25 % à près de 40 %. Le bilan chiffré est l'argument à retenir : sur environ 7 000 tranches AAA notées entre 1993 et 2022, aucun défaut, jamais.

D'où vient le spread, si le défaut est introuvable ? De trois choses qui ne sont pas du risque de crédit. La complexité : chaque CLO s'accompagne d'une documentation de plusieurs centaines de pages, qu'une équipe doit savoir lire. La liquidité : les tranches se négocient de gré à gré, par appels d'offres, pas en continu sur une bourse. Et l'étroitesse de la base d'acheteurs : les fonds monétaires n'ont pas le droit d'y toucher, beaucoup de mandats institutionnels non plus. C'est une prime de barrière à l'entrée plus qu'une prime de danger. L'ETF abaisse justement la barrière ; si assez d'épargne s'y engouffre, la prime se comprimera, comme finissent toutes les primes de ce genre.

Ce que ça rapporte, mesuré et non promis. Le compartiment est jeune. Les premiers ETF UCITS en euro sont nés entre septembre 2024 et l'été 2025, et facturent 0,25 à 0,35 %. Mesurés chacun sur sa propre fenêtre contre l'ETF monétaire, ils se tiennent dans un mouchoir : 125 à 136 points de base de plus par an, nets de frais, pour une volatilité inférieure à 1 % et une pire baisse comprise entre 0,3 et 0,7 %. Cette uniformité est le vrai enseignement. Sur un actif de spread, tant que rien ne casse, l'écart entre gérants ne se voit pas, et la seule différence durable entre deux véhicules est leur coût. L'équivalent américain, plus ancien, montre un cycle de plus : depuis octobre 2020, 4,37 % par an en dollars contre 3,04 % pour les bons du Trésor à trois mois, soit 133 points de base, avec une pire baisse de 2,60 % à l'été 2022, quand le spread s'est écarté.

POCHE DE LIQUIDITÉSLe supplément se compte en points de base, le risque aussiécart de rendement annualisé au monétaire, et pire baisse subie, sur la fenêtre de chaque lignece que ça rapporte en plusce que ça peut perdremonétaire (ESTR)XEON, l'étalonréférence-8 bpobligataire ultra-courtERNX, crédit investment grade court+27 bp-20 bpCLO AAA en euroJCL0, depuis 2024-12+127 bp-70 bpCLO AAA en dollarJAAA, depuis 2020-10+133 bp-260 bpLes deux barres n'ont pas la même unité de temps : le gain est annuel, la perte est un accident bref.Le dollar occupe la dernière ligne pour son historique plus long, pas pour un investisseur en euros.
Les quatre étages, mesurés et non promis. À droite, l'écart de rendement annualisé au monétaire. À gauche, la pire baisse subie sur la même fenêtre. Les deux barres n'ont pas la même nature, l'une est un flux annuel, l'autre un accident ponctuel, et c'est exactement l'arbitrage à trancher. La dernière ligne est en dollars : elle sert à voir un cycle de plus, pas à décrire ce qu'achète un Européen.

Ce qui peut mal se passer. Ni le taux (coupon variable, duration presque nulle : 2022, l'année qui a ravagé l'obligataire à taux fixe, a été neutre pour ces tranches), ni le défaut, on vient de le voir. Le risque est le prix de marché, et l'histoire en donne la mesure, avec à chaque fois le délai de retour à la normale.

Trois épisodes, une même leçon : cette ligne se vend au prix du jour, pas à sa valeur de remboursement, et le jour où l'on a besoin de vendre n'est pas forcément un bon jour. D'où la règle d'emploi plus bas, qui interdit d'y loger les dépenses des douze prochains mois.

Sous la AAA : la mezzanine et l'equity§

Le tableau plus haut donne le tarif des étages inférieurs : quelques dizaines de points de base de plus à chaque cran jusqu'à la BBB, puis un saut vers 550 à 850 pour la BB. Chaque marche descendue enlève du coussin et ajoute du rendement.

Le point à ne pas manquer est que le palmarès de la AAA ne se transmet pas vers le bas. L'absence totale de défaut vaut pour le sommet de la structure, précisément parce que les tranches inférieures existent pour absorber les pertes à sa place. Les CLO émis avant 2008, ceux de la génération que le marché appelle 1.0, ont bel et bien fait souffrir leurs tranches basses, et une BB de CLO se comporte, dans un accès de tension sur le crédit, comme du haut rendement avec un levier intégré. Ce n'est pas de la trésorerie améliorée, c'est un actif risqué, à comparer aux actions et non au monétaire (Les faux actifs défensifs : ce qui en a l'air sans en être).

L'offre disponible suit cette frontière, et elle protège le lecteur malgré lui. En UCITS et en euro, seule la AAA existe en ETF, avec quatre véhicules concurrents. La mezzanine n'est logée en ETF qu'aux États-Unis, hors de portée du particulier européen (Construire en UCITS : le portefeuille de retrait de l'investisseur européen). Pour qui veut vraiment descendre l'escalier, l'accès passe par des sociétés d'investissement cotées à Amsterdam et à Londres, spécialisées dans la mezzanine et l'equity de CLO, qui versent des dividendes trimestriels et cotent souvent sous leur valeur d'actif. C'est un placement en actions de crédit structuré, avec la volatilité qui va avec, et ce n'est plus le sujet de cet article.

Une contrainte réglementaire mérite enfin d'être connue, car elle façonne ce que vous achetez. La règle européenne de rétention du risque oblige l'émetteur à conserver une part de ce qu'il vend. Elle exclut de fait la plupart des CLO américains d'un véhicule UCITS, si bien qu'un ETF CLO en euro est pour l'essentiel un portefeuille de prêts européens. Une concentration géographique assumée, en échange d'un alignement d'intérêts que le marché de 2007 n'avait pas.

Les fonds à échéance, un panier d'obligations avec une date de fin§

Un fonds à échéance, ou fonds daté, détient un panier d'obligations qui arrivent toutes à maturité la même année. À la date prévue, il rembourse les porteurs et se dissout. Ce détail de construction change tout : il rend au fonds une propriété que les fonds obligataires classiques n'ont pas, la date de fin. Un fonds obligataire ordinaire remplace ses titres à mesure qu'ils mûrissent, sa duration reste constante et sa valeur monte et descend avec les taux, indéfiniment. Un fonds daté voit sa duration fondre année après année jusqu'à zéro, exactement comme l'obligation qu'il imite.

Ce que vous achetez à l'entrée. Le jour de l'achat, le rendement actuariel du panier est connu et publié. Si vous conservez jusqu'à l'échéance, c'est votre rendement attendu, sous deux réserves qui ne sont pas des détails, les frais et les défauts. Entre les deux dates, la valeur liquidative bouge avec les taux et les spreads comme n'importe quel fonds obligataire ; cette volatilité intermédiaire ne vous concerne pas si, et seulement si, vous tenez jusqu'au bout.

Ce qui existe, et jusqu'où. Deux familles partagent ce mécanisme, et elles se ressemblent beaucoup moins que leur principe commun ne le laisse croire. D'un côté les ETF à millésimes, un fonds par année d'échéance, avec deux gammes concurrentes en euro, les iBonds de iShares et les BulletShares d'Invesco. De l'autre les fonds datés des maisons de gestion françaises, ceux que votre conseiller propose en assurance-vie. Même promesse, deux produits différents.

ETF à millésimes (iBonds, BulletShares)Fonds daté français
Contenucrédit d'entreprise de qualité, quelques millésimes souverainshaut rendement ou crédit de qualité moyenne, le plus souvent
Frais annuels0,10 à 0,12 %0,6 à 1,5 %, plus ceux du contrat
Accèsen bourse, tous les jours, sans fenêtrefenêtre de commercialisation, puis fermeture
Sortie anticipéeau prix du marché, quand vous voulezà la valeur liquidative, parfois avec pénalité
Nombre de lignesplusieurs centainesquelques dizaines

Deux conséquences. L'écart de frais, sur un horizon de quatre ans, mange une part considérable de l'avantage annoncé : un rendement actuariel de 4 % amputé de 1,5 % de frais totaux n'est plus le même placement. Et la différence de contenu n'est pas un détail de style, elle change la nature du risque, puisqu'un panier de haut rendement perd des émetteurs en route quand un panier de qualité n'en perd presque pas.

Pourquoi le fonds daté existe encore. À lire le tableau, l'ETF gagne sur toute la ligne, et la question devient légitime : pourquoi continuer à vendre l'autre ? Parce que le tableau compare les produits nus, et qu'un placement ne se détient jamais nu. Deux raisons font vivre le fonds daté, et l'une comme l'autre peut emporter la décision.

L'enveloppe d'abord, et c'est la principale. Les ETF à millésimes se logent presque tous sur un compte-titres : les assureurs les référencent au compte-gouttes, quelques contrats à peine en France. Or l'argent prudent d'un ménage français dort le plus souvent en assurance-vie, où la fiscalité reste plus douce qu'au compte-titres (PEA, assurance-vie, CTO : les enveloppes du rentier français, PFU, barème, abattements : l'imposition des retraits). La comparaison honnête n'oppose donc pas deux fonds, elle oppose deux montages : l'ETF sur compte-titres, net de son imposition, contre le fonds daté en assurance-vie, net des frais du contrat et de la sienne. Les deux écarts jouent en sens contraire, un point et demi de frais en trop d'un côté, une imposition plus légère de l'autre, et le calcul se fait cas par cas, pas en règle générale. Sur un horizon court, les frais gagnent presque toujours ; l'écart ne se resserre que si le contrat a passé huit ans et porte une plus-value substantielle. Et pour l'argent déjà logé dans un vieux contrat, la question ne se pose même pas : en sortir pour acheter l'ETF, c'est cristalliser l'impôt.

Le segment de crédit ensuite. Les gammes cotées en euro s'arrêtent à la catégorie investissement, l'investment grade des brochures : il n'existe pas de millésime à haut rendement, alors que la plupart des fonds datés maison vivent précisément de ce segment. Du haut rendement à échéance fixe, un choix défendable pour une petite poche et un horizon connu, n'existe donc pas en version cotée sur le marché européen. Le prix est celui du segment : des défauts en cours de route, qui s'ajoutent aux frais.

Hors ces deux cas, la version cotée l'emporte, et le reste de cette section la décrit.

Et jusqu'où ? Les deux gammes publient un millésime par année civile, de l'année en cours jusqu'à six ou sept ans plus loin. C'est la limite à connaître avant de bâtir quoi que ce soit. Il n'existe pas de millésime à quinze ou vingt ans. Un fonds daté sait financer une dépense de la décennie qui vient, pas le plancher d'une retraite de trente ans, pour lequel il faut revenir aux titres vifs et à l'échelle construite à la main (Les échelles d'obligations (et l'échelle de linkers)).

Ce que la durée change au rendement. Rien qui tienne au produit : tout vient de la courbe des taux. Le rendement d'un millésime est celui des obligations de son échéance, et la pente de la courbe décide seule de ce que rapporte un millésime lointain par rapport à un proche. Fin juillet 2026, la courbe souveraine de la zone euro donnait 2,62 % à un an, 2,86 % à cinq ans et 3,18 % à dix ans, plus un écart de crédit qui s'élargit lui aussi avec l'échéance : allonger de quatre ans achetait environ un quart de point. Et le signe s'inverse, c'est le vrai piège. Fin juillet 2023, la même courbe payait 3,42 % à un an contre 2,54 % à dix ans, si bien que le millésime le plus court était le mieux payé de toute la gamme.

La règle qui en découle est courte. Le millésime se choisit sur la date de la dépense, jamais sur le rendement affiché. La courbe se regarde ensuite, pour savoir ce que l'appariement coûte ou rapporte cette année-là. Un rendement supérieur au bout de la gamme n'est pas une prime gratuite, c'est le prix de quatre années d'incertitude en plus.

Comment s'en servir. L'usage propre est l'appariement, pas la course au rendement. Vous connaissez une dépense datée, le pont jusqu'à la pension, un projet, la part du plancher à financer telle année (Les échelles d'obligations (et l'échelle de linkers)). Vous achetez le millésime correspondant, et vous cessez de vous demander où seront les taux ce jour-là. C'est une brique de plancher, pas une brique de matelas.

Pour un pont de plusieurs années, on empile un millésime par année à financer, dimensionné sur la dépense de cette année-là, diminuée des revenus déjà acquis. C'est une échelle d'obligations qu'on achète en quatre ordres de bourse au lieu de la construire titre par titre, avec la diversification en prime, plusieurs centaines d'émetteurs contre les cinq ou six lignes qu'un particulier tient en direct.

Trois détails d'exécution que les brochures passent sous silence. La dernière année ne rapporte pas ce que le millésime affichait : à mesure que les obligations arrivent à échéance, le fonds encaisse et garde le produit en instruments monétaires, si bien que son rendement glisse vers le taux court pendant les derniers mois. Sur un millésime acheté à quatre ans, cela rogne une fraction du rendement annoncé, et cette fraction est d'autant plus grande que le taux court est bas. La sortie est une liquidation : à la date prévue, le fonds est radié de la cote et vous verse le produit en espèces, comme une obligation remboursée. Rien n'est reconduit, et sur un compte-titres cela fait un événement fiscal unique, à anticiper si la plus-value est grosse (PFU, barème, abattements : l'imposition des retraits). Capitalisant ou distribuant enfin, selon l'usage : le distribuant verse les coupons en cours de route, ce qui colle à un besoin de revenu régulier, le capitalisant les réinvestit et ne se solde qu'à la fin, ce qui colle à une dépense unique et repousse l'imposition.

Reste à vérifier ce que vous achetez vraiment. La taille du millésime, car les échéances lointaines sont parfois maigres et se paient au carnet d'ordres. Et l'indice suivi, car les gammes en euro répliquent des indices filtrés selon des critères extra-financiers, ce qui restreint l'univers d'émetteurs sans que le nom du fonds le dise.

Les quatre pièges, dans l'ordre. Vendre avant l'échéance, d'abord, ce qui ressuscite le risque de taux que le produit prétendait éteindre. Le crédit ensuite : un millésime à haut rendement qui affiche 6 % perdra des émetteurs en route, et le rendement affiché est un plafond, pas une promesse. Les frais, qui pèsent proportionnellement lourd sur trois ou quatre ans. Le réinvestissement enfin : à l'échéance, vous récupérez du cash et la question se repose aux taux du moment, ce que la brochure appelle rarement un risque.

La règle d'assemblage§

Le plan qui suit est celui d'un ménage en phase de retrait, qui vit de son capital et dont la poche courte a une mission précise : payer les factures sans jamais forcer la vente d'un actif risqué au mauvais moment (Accumulation, transition, retrait : les trois vies d'un plan FIRE). Un épargnant encore en activité, dont le salaire couvre les dépenses courantes, a une contrainte de liquidité bien plus légère et peut compresser les deux premières couches. Pour le rentier, trois couches suffisent, et l'ordre compte.

Et une liste d'exclusions, qui vaut autant que les règles. Le haut rendement obligataire n'est pas de la trésorerie : il perd 20 % quand les actions perdent 30 %. Un fonds « obligataire court terme » à deux ou trois ans de duration n'en est pas non plus, 2022 l'a rappelé. Les produits structurés à capital protégé facturent la protection plus cher qu'elle ne vaut (Les faux actifs défensifs : ce qui en a l'air sans en être). Et les stablecoins rémunérés, quelle que soit la plateforme, n'ont ni garantie ni prêteur en dernier ressort.

L'essentiel à retenir§


Pour aller plus loin§