PFU, barème, abattements : l'imposition des retraits
Les études de taux de retrait raisonnent hors impôt (Bengen, l'étude Trinity et la naissance du taux de retrait sûr). Votre banquier raisonne en rendement brut. Votre plan, lui, vit en net. Chaque euro de dépense doit être extrait du portefeuille à travers la fiscalité française. Cette extraction a un coût, typiquement 5 à 15 % du flux, et jusqu'à plus de 20 % si l'on s'y prend mal. C'est l'équivalent d'un demi-point de taux de retrait, autant que bien des débats de stratégie (Choisir sa stratégie : critères, comparatif, cas d'usage).
Cet article est le manuel de calcul. Il couvre le PFU et son alternative, l'option pour le barème, un arbitrage annuel que la plupart des rentiers précoces gagnent à examiner, car leur TMI est souvent bien plus basse qu'ils ne croient. Il détaille la mécanique exacte d'une vente, c'est-à-dire la taxation de la seule part de gain au prix moyen pondéré, le mécanisme qui rend les premières années de retraite si peu taxées. Il présente les techniques de lissage, qui consistent à remplir chaque année les tranches basses, l'actif périssable du rentier. Il répond à la question la plus posée du chapitre, l'ordre dans lequel vider PEA, assurance-vie et CTO, où le tri par taux instantané se trompe de sens. Il aborde la purge des plus-values par donation et par décès, le « step-up » à la française qui change la fin de partie. Il passe en revue les couches annexes (CSG déductible, CEHR, IFI). Enfin, il montre comment calibrer le curseur « Tax on gains » sur votre situation plutôt que d'en rester au réglage par défaut.
Même avertissement que pour tout le chapitre. Les chiffres sont à jour de 2026, à re-vérifier chaque année. Les structures de raisonnement, elles, survivent aux lois de finances.
Le PFU, et l'option barème : l'arbitrage annuel§
Le régime par défaut est le prélèvement forfaitaire unique (PFU), 31,4 % tout compris (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux), sur les dividendes, intérêts et plus-values mobilières du CTO (PEA, assurance-vie, CTO : les enveloppes du rentier français ; le PEA et l'AV ont leurs régimes propres). Il est simple, prévisible et indépendant de vos autres revenus. C'est le bon choix par défaut des années à revenus élevés.
L'option pour le barème est globale et annuelle. Elle s'applique à tous les revenus mobiliers de l'année. Ceux-ci rejoignent le barème progressif (0/11/30/41/45 %) auquel s'ajoutent 18,6 % de PS. Trois compensations viennent en contrepartie. L'abattement de 40 % sur les dividendes. La CSG déductible (6,8 points déduits du revenu imposable de l'année suivante). Et, pour les titres acquis avant 2018, les abattements de durée de détention sur les plus-values (50 % au-delà de 2 ans, 65 % au-delà de 8, sur l'IR seulement, jamais sur les prélèvements sociaux).
L'arbitrage se lit par tranche. À TMI 0 ou 11 %, le barème gagne presque toujours, car il coûte au pire 11 % d'IR plus 18,6 % de PS, soit 29,6 % contre 31,4 %, et bien moins quand la base est abattue. À TMI 30 %, le PFU reprend l'avantage sur les dividendes comme sur les plus-values récentes ; seuls les abattements de durée des titres acquis avant 2018 peuvent encore faire basculer le calcul, et comme l'option reste globale, elle se simule en bloc. À TMI 41 % et plus, c'est le PFU sans discussion.
Le point clé pour un FIRE tient à la phase de pont. Sans salaire ni pension, votre revenu imposable peut être minuscule, car les rachats AV sous abattement et le PEA n'en créent presque pas (PEA, assurance-vie, CTO : les enveloppes du rentier français). La TMI 0-11 % devient alors votre régime de croisière, et l'option barème s'impose presque toujours.
La mécanique d'une vente, et le lissage : les deux gestes du rentier§
Le PMP et la fraction de gain. Chaque ligne de CTO porte un prix moyen pondéré d'acquisition (PMP). Chaque vente réalise une plus-value égale à (cours − PMP) × quantité. La friction d'un flux de retrait vaut donc taux × (1 − PMP/cours). Les conséquences sont concrètes. Les premières années d'un plan, avec un PMP proche du cours, extraient le cash presque gratuitement. La friction dérive ensuite vers le haut à mesure que la plus-value latente s'accumule. C'est exactement ce que reproduit le modèle fiscal, en ne taxant chaque vente que sur sa part de gain, croissante au fil du plan (Sous le capot : comment pofo calcule ce livre). Enfin, à flux égal, mieux vaut vendre les lignes au PMP le plus haut, celles dont la friction est minimale, sauf objectif inverse de purge (voir ci-dessous).
Le lissage de taux, ou remplir les tranches basses chaque année. Les tranches à 0 et 11 % et l'abattement AV sont des capacités annuelles. Non utilisées, elles sont perdues. Le geste d'optimisation central du rentier consiste donc à réaliser chaque année, même sans besoin de cash, assez de gains pour remplir ces capacités basses. Trois outils pour cela. Vendre puis racheter une ligne de CTO relève le PMP et pré-purge les gains futurs au taux d'aujourd'hui ; il n'y a pas de délai de carence sur ce « rafraîchissement » en droit français, contrairement au wash sale américain, mais vérifiez l'état du droit. Racheter de l'AV à hauteur de l'abattement. Opter pour le barème les années creuses. Sur les 10-15 ans d'un pont à TMI basse, le lissage systématique purge une fraction majeure des plus-values latentes à 19-29 % au lieu de 31,4 %. Cela représente des dizaines de milliers d'euros pour trois ordres par an (La revue annuelle : la check-list du rentier, où le lissage est un point fixe).
L'ordre des enveloppes : le taux de demain, pas celui d'aujourd'hui§
PEA, assurance-vie et CTO garnis, lequel entamer en premier ? Le réflexe courant trie par taux et conclut « le PEA d'abord, puisqu'il est le moins taxé, le CTO en dernier ». C'est l'inverse de la bonne réponse, pour une raison qui tient en deux phrases. Le taux d'aujourd'hui frappe le gain déjà acquis, qui sera taxé peu ou prou pareil, qu'on vende maintenant ou dans dix ans. Ce que l'ordre de consommation décide vraiment, c'est le taux qui frappera la croissance future de l'argent laissé en place.
Un euro conservé sur le CTO fabrique de la plus-value future taxée à 31,4 %. Le même euro conservé sur le PEA fabrique la même plus-value, taxée à 18,6 % pour toujours. On vide donc d'abord l'enveloppe dont la croissance à venir est la plus taxée, et on garde la moins taxée en serre. À parts de gain comparables, le CTO se consomme avant le PEA. Le réflexe inverse n'est pas absurde, il est myope, car il optimise l'impôt de l'année au prix de toutes les années suivantes.
L'assurance-vie s'intercale par ses frais. Au-delà de l'abattement, ses rachats coûtent 24,7 %, entre le PEA et le CTO. Mais elle est la seule enveloppe à prélever des frais de gestion sur tout l'encours, chaque année, rachats ou pas, typiquement 0,5 à 1 % sur les unités de compte. Ce péage est un impôt privé sur la croissance future, et il s'ajoute au taux fiscal dans le tri. Sur quinze ou vingt ans, 0,5 % par an pèse plus lourd que les 6,7 points d'écart de taux avec le CTO : un contrat ordinaire se vide donc en premier, et seul un contrat exceptionnellement peu chargé mérite d'attendre son tour derrière le CTO. D'où la règle complète, en une ligne. Chaque année, servir d'abord les capacités périssables (abattement, tranches basses), puis puiser dans les enveloppes par taux décroissant sur leur croissance future, frais compris, soit le contrat chargé, puis le CTO, et le PEA en dernier.
Trois réserves ferment le sujet. L'ordre s'entend à exposition égale : quand une brique ne vit que dans une enveloppe, c'est l'allocation qui décide quoi vendre, la fiscalité choisit ensuite où le vendre. L'objectif de legs le renverse, comme vu à l'encart précédent, le CTO et l'assurance-vie d'avant 70 ans passant en queue (Succession et transmission). Et trier suppose des taux stables, or ils viennent de bouger : différer la consommation du PEA parie que ses 18,6 % ne flamberont pas, un pari raisonnable mais à revoir à chaque loi de finances (La revue annuelle : la check-list du rentier).
Les couches annexes, en bref§
La CEHR (contribution exceptionnelle sur les hauts revenus) vaut 3 % au-delà de 250 k€ de revenu fiscal de référence (célibataire ; 500 k€ pour un couple), puis 4 % au-delà du double. Elle frappe les années à gros revenus réalisés, une raison de plus de lisser, car une grosse vente unique peut la déclencher là où trois ventes étalées y échappent. Sa cousine, la CDHR (contribution différentielle sur les hauts revenus, art. 224 CGI, pérennisée par la LFI 2026), impose aux mêmes seuils de RFR un plancher d'imposition de 20 % ; elle mord précisément quand une grosse plus-value au PFU ferait descendre le taux moyen sous ce plancher, et l'étalement est là encore la parade.
L'IFI est l'impôt sur la fortune immobilière seulement, avec un seuil de 1,3 M€ de patrimoine immobilier net. Le portefeuille financier n'y est pas soumis. C'est un argument de structure pour le rentier financier, à connaître sans en faire un dogme (L'immobilier dans un plan FIRE (résidence, locatif)).
Les prélèvements sociaux sont la couche incompressible de presque tout. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a porté la CSG du capital de 9,2 à 10,6 points, donc les prélèvements de 17,2 à 18,6 %. Mais elle a épargné toute une famille de supports, et elle ne mord pas partout à la même date. Les revenus du patrimoine de l'article L. 136-6 du code de la Sécurité sociale sont touchés dès les revenus 2025. Les produits de placement de l'article L. 136-7 ne le sont qu'à partir des encaissements du 1er janvier 2026. Voici la carte, aux taux de la LFSS 2026 (loi du 30 décembre 2025, art. 12).
| Support | PS | Application |
|---|---|---|
| Plus-values mobilières (CTO) | 18,6 % | revenus 2025 |
| Crypto | 18,6 % | revenus 2025 |
| Location meublée | 18,6 % | revenus 2025 |
| Dividendes et intérêts | 18,6 % | encaissements 2026 |
| Gains de PEA à la sortie | 18,6 % | encaissements 2026 |
| Assurance-vie et capitalisation | 17,2 % | hausse écartée |
| Foncier nu et SCPI | 17,2 % | hausse écartée |
| Plus-values immobilières | 17,2 % | hausse écartée |
| PEL, CEL et PEP anciens | 17,2 % | hausse écartée |
Les livrets défiscalisés (A, LDDS, LEP) restent hors de tout cela. Un plan de retrait français croise donc désormais deux taux, et l'assurance-vie y gagne un avantage relatif. La CSG n'est déductible qu'en cas d'option barème, un des termes de l'arbitrage.
La PUMa, enfin, est la couche spécifique du rentier sans activité, assez importante pour mériter son chapitre entier (La taxe PUMa : le piège du rentier français).
Calibrer le simulateur : votre taux mixte, en trois lignes§
Le curseur « Tax on gains » applique un taux unique à la part de gain de chaque vente (Utiliser le simulateur FIRE de pofo ; le défaut, à 32,8 %, approxime PFU + PUMa). Pour le calibrer sur votre plan, procédez en trois temps. Estimez d'abord la répartition de vos flux de retrait entre robinets (PEA, assurance-vie, CTO : les enveloppes du rentier français) et le taux effectif de chacun (PEA 18,6 %, AV 17,2 % sous abattement puis 24,7 %, CTO 31,4 %, ou votre barème + PS des années creuses, souvent 19-29 %). Pondérez ensuite par les parts, ou plus finement par les gains latents de chaque poche, puisque l'impôt frappe le gain et non le capital. Le taux mixte d'un plan bien organisé ressort typiquement à 15-25 % ; ajoutez la PUMa si elle vous concerne (La taxe PUMa : le piège du rentier français, selon la structure des revenus). Réglez aussi le curseur voisin, la plus-value latente, sur la part de votre capital qui est du gain et non de l'apport, pondérée par les montants (un PEA ouvert en 2014 et un compte-titres alimenté l'an dernier n'en portent pas la même). C'est sur cette part que le taux mord, et c'est le plus lourd des deux réglages. Re-testez enfin la ruine. L'écart entre le défaut prudent et votre taux calibré vaut souvent 0,5-1 point de ruine, soit un vrai paramètre du plan et non un détail d'affichage.
L'essentiel à retenir§
- On est taxé sur la part de gain des ventes (au PMP), pas sur les retraits. La friction démarre basse et dérive vers le haut. Un simulateur reproduit exactement cette dérive ; calibrez son curseur sur votre taux mixte réel (15-25 % pour un plan organisé) plutôt que sur le réglage par défaut.
- L'arbitrage PFU/barème se refait chaque année et il est global. Les années de pont à TMI 0-11 % sont des années d'or, où le barème gagne presque toujours et où les tranches basses non remplies sont perdues. Le lissage (réaliser des gains chaque année, vente-rachat, abattement AV) est le geste central.
- L'ordre des enveloppes se décide sur le taux qui frappera la croissance future, frais de contrat compris, jamais sur le taux instantané. Capacités périssables d'abord, puis contrat chargé, puis CTO, et le PEA en dernier ; l'objectif de legs renverse cet ordre.
- La fin de partie a ses purges. Le décès efface les PV latentes du CTO, d'où l'intérêt de conserver les grosses PV au grand âge. La donation-cession les efface du vivant (100 k€ par parent et par enfant tous les 15 ans). Le legs renverse l'ordre de consommation.
- Les couches annexes se gèrent par l'étalement (CEHR), par la structure (IFI, immobilier seulement) et par le chapitre dédié (PUMa). La fiscalité module l'exécution, jamais l'allocation.
- Tout est daté de 2026. L'arbitrage annuel et la veille font partie du plan. Les taux changeront ; les mécanismes (part de gain, tranches, purges) sont les invariants à comprendre.
Pour aller plus loin§
- impots.gouv.fr : le simulateur officiel (l'arbitrage PFU/barème s'y teste en dix minutes) et le BOFiP pour les régimes fins (donation-cession, abattements de durée).
- Les notices 2074/2042 : la mécanique déclarative des PV, aride et instructive.
- Dans ce livre : PEA, assurance-vie, CTO : les enveloppes du rentier français (les robinets et leur ordre), La taxe PUMa : le piège du rentier français (la couche du rentier), Succession et transmission (les purges en stratégie), Utiliser le simulateur FIRE de pofo (le curseur fiscal).