FIRE et retraite légale : trimestres, AGIRC-ARRCO, décote
L'actif le plus négligé d'un plan FIRE français ne figure sur aucun relevé de portefeuille. C'est la pension légale. Même une carrière écourtée à 40 ou 45 ans en a déjà constitué une, et elle arrivera à 64-67 ans sous la forme la plus précieuse qui soit en décumulation. Une rente viagère indexée sur l'inflation, à deux têtes via la réversion, garantie par le système le plus solide du pays (Rentes et safety first : acheter un plancher, tout ce que le chapitre des rentes cherchait, déjà acquis). L'ignorer coûte des années de travail superflues (Les dix erreurs qui ruinent un plan FIRE, l'erreur « prudente » la plus chère). Mal l'estimer fausse tout le dimensionnement. Et ignorer qu'elle s'entretient à bas coût, par les trimestres d'une activité minime et les rachats déductibles, laisse dormir le meilleur rendement du patrimoine français.
Cet article donne la mécanique du système à deux étages, le régime de base à trimestres et la complémentaire à points. Il montre ce qu'une carrière écourtée produit exactement, la double peine décote-proratisation, et comment la limiter. Il donne la méthode pour chiffrer votre pension de futur FIRE. Il détaille les trimestres à bas coût, dont l'activité minime qui valide 4 trimestres par an, complément naturel de l'interrupteur PUMa (La taxe PUMa : le piège du rentier français). Il pèse l'arbitrage de liquidation, 64 avec décote contre 67 à taux plein, moins évident qu'il n'y paraît. Il termine sur l'intégration au plan, avec sa décote de prudence politique. Chiffres à jour de la réforme de 2023 et de sa suspension partielle par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, état 2026. C'est le chapitre qui périmera le plus vite, et la vérification sur info-retraite.fr prime tout ce qui suit.
Le système en deux étages, en version utile§
Le régime de base (l'assurance retraite). La pension de base vaut SAM × taux × (trimestres validés / trimestres requis). Le SAM est le salaire annuel moyen des 25 meilleures années, chacune plafonnée au PASS. Attention aux carrières courtes. S'il y a moins de 25 années civiles cotisées, la moyenne se fait sur ce qui existe, y compris les petites années de début. Le FIRE parti à 45 ans avec 22 belles années a un bon SAM. Parti à 38 ans avec 15 années dont des débuts modestes, il a un SAM médiocre. Le taux est de 50 % au taux plein. On l'obtient soit par la durée, 172 trimestres pour les générations 1966 et suivantes, soit par l'âge. La loi de financement pour 2026 a gelé le calendrier de la réforme de 2023 jusqu'en janvier 2028, ce qui adoucit les générations 1964 à 1968 qui liquident dans cette fenêtre, sans rien changer aux suivantes. À 67 ans, le taux plein est automatique quel que soit le nombre de trimestres. C'est la disposition la plus importante du chapitre pour un FIRE, car à 67 ans la décote disparaît toujours. Avant cet âge, la décote retient le plus favorable de deux comptes, les trimestres qui manquent pour la durée requise et ceux qui restent à courir jusqu'à 67 ans. Chaque trimestre décompté coûte 1,25 % de pension, soit 0,625 point de taux, dans la limite de 20 trimestres. Retenez la conséquence, car elle commande tout l'arbitrage de liquidation. Une liquidation à 64 ans ne peut manquer que 12 trimestres au regard de l'âge, si bien que la décote y plafonne à −15 %, quelle que soit la brièveté de la carrière. Reste la proratisation. Le ratio trimestres validés sur trimestres requis s'applique de toute façon. 120 trimestres validés sur 172 requis donnent 70 % de la pension de référence. C'est la « peine » incompressible de la carrière courte. Mais elle est linéaire et honnête, car chaque trimestre validé paie.
La complémentaire AGIRC-ARRCO (les points). Pour les salariés du privé, elle représente souvent 30-60 % de la pension totale. Ce sont des points achetés par les cotisations de toute la carrière, puis valorisés au tarif du moment de la liquidation. Il n'y a ni durée requise ni proratisation. Chaque euro cotisé a acheté ses points, et ils sont acquis. La complémentaire d'une carrière courte est donc simplement proportionnelle à ce qui a été cotisé. Sa décote propre suit ses propres règles. L'ancien malus temporaire de 10 %, le coefficient de solidarité, a disparu fin 2023. Reste un coefficient d'anticipation, définitif celui-là, dès que la base est liquidée sans taux plein. Il se lit dans deux tables, l'une par âge et l'autre par trimestres manquants, la plus favorable des deux l'emportant. Au-delà de 20 trimestres manquants, seule la table d'âge s'applique, et elle donne −12 % à 64 ans, zéro à 67. Sa revalorisation, enfin, n'est pas indexée sur les prix par la loi. Elle se négocie entre partenaires sociaux, et faute d'accord la valeur du point est restée gelée au 1er novembre 2025. Le relevé fait foi.
Chiffrer sa pension de futur FIRE : la méthode§
L'outil. C'est info-retraite.fr, le GIP officiel. On y trouve le relevé de carrière tous régimes, à faire corriger maintenant, car les erreurs de relevé sont fréquentes et plus faciles à réparer à 45 ans qu'à 66. On y trouve aussi le simulateur M@rel, qui accepte l'hypothèse clé pour nous, la projection d'un arrêt total avec des « revenus futurs à zéro ». La méthode en quatre lignes. Un, le relevé vérifié. Deux, une simulation M@rel avec revenus nuls dès votre date de départ et liquidation à 67 ans, le taux plein automatique, votre scénario de référence. Trois, la même à l'âge légal de 64 ans pour voir la décote. Quatre, une décote de prudence politique de 10-20 % sur le résultat, car les réformes passées ont toujours joué sur l'âge, la durée et l'indexation, sous-indexations et gels ponctuels compris (Inflation et taux de retrait : le lien exact). C'est ce chiffre décoté, avec sa date, qui entre dans un simulateur. Les préréglages du curseur pension, le « stress », le central et l'officiel, encodent exactement cette logique de fourchette (Utiliser le simulateur FIRE de pofo).
L'ordre de grandeur à attendre, pour calibrer l'intuition. Un cadre parti à 45 ans après 22 ans de carrière correcte touche typiquement, à 67 ans, une pension totale de l'ordre de 1 200-1 900 €/mois, base proratisée à taux plein plus points acquis. C'est loin d'une carrière complète, mais très loin de zéro. Pour le plan, ces 15-23 k€/an indexés à vie « valent » 350-550 k€ de capital, au prix d'une rente indexée équivalente (Rentes et safety first : acheter un plancher). Soit le tiers d'un plan. Voilà ce que jette l'erreur « je compte zéro par prudence ».
Liquider quand : l'arbitrage 64/67, version FIRE§
Le retraité classique arbitre entre partir tôt avec décote et partir tard avec surcote. Le FIRE, lui, ne travaille plus de toute façon, et son arbitrage est différent. Liquider tôt, c'est encaisser plus d'années de pension, même décotée, et éteindre la CSM-PUMa (La taxe PUMa : le piège du rentier français). Liquider à 67 ans, c'est le taux plein automatique. La décote de la carrière courte disparaît alors. Mais l'écart entre les deux dates est plus petit qu'on ne le croit. À 64 ans, la décote de base est plafonnée par les 12 trimestres qui restent jusqu'à 67 ans, soit −15 %, et la complémentaire perd 12 % de son côté. Une carrière très courte ne s'expose donc pas à davantage de décote qu'une carrière longue, contrairement à l'intuition. Le calcul se fait en valeur actuarielle, et il est serré. Renoncer à environ 14 % de pension à vie contre trois années de pension encaissées place le point mort vers 85 ans, c'est-à-dire au voisinage de l'espérance de vie. La CSM évitée le repousse encore, car trois ans de cotisation en moins, disons 3 × 2 000 €, tombent dans le camp du départ à 64 ans. Attendre 67 ans reste le scénario de référence, mais c'est un choix de longévité et de réversion, pas une évidence arithmétique. Le calcul chiffré de votre cas appartient à la revue des années 60 et plus (La revue annuelle : la check-list du rentier). N'oubliez pas non plus la réversion dans l'équation du couple. La base est à 54 %, sous conditions de ressources, la complémentaire à 60 %, sans condition de ressources mais perdue en cas de remariage. La pension protège aussi le survivant. C'est un argument de plus pour la compter à sa vraie valeur (FIRE en couple et en famille).
L'intégration au plan : le pont, pas le mirage§
Reprenons la structure du plan français type (Horizon, espérance de vie et retraites de 50 ans). La pension convertit le problème « financer 45 ans » en « financer un pont de 15-22 ans, puis compléter un plancher largement couvert ». Les conséquences opérationnelles ont toutes déjà été croisées. Le dimensionnement se fait pension incluse, décotée, datée, jamais à zéro ni au relevé brut. La sensibilité se teste dans un simulateur, avec les trois préréglages et l'année de liquidation à ±2 ans. La phase à découvert concentre les protections (Les glidepaths : bond tent, rising equity et la fenêtre fragile, Le matelas de liquidités : taille, coût, vrai rôle, Les obligations indexées sur l'inflation, l'échelle du pont). Et l'entretien du droit, trimestres à bas coût, relevé corrigé, devis de rachat, figure au plan écrit comme n'importe quelle ligne d'actif. C'est un actif, le seul qui s'entretienne à 7 200 € par an.
L'essentiel à retenir§
- Même une carrière écourtée a constitué une rente viagère indexée à deux têtes. Comptez typiquement 1 200-1 900 €/mois à 67 ans pour un cadre parti à 45 ans, soit l'équivalent de 350-550 k€ de capital. La compter à zéro « par prudence » est l'erreur la plus chère du FIRE français.
- La mécanique qui compte. Le SAM des 25 meilleures années, avec une attention aux carrières de moins de 25 ans. La proratisation linéaire, où chaque trimestre paie. Et le taux plein automatique à 67 ans, qui efface toute décote, le scénario de référence du FIRE. La complémentaire à points, elle, est acquise au prorata des cotisations, sans durée requise, et sa revalorisation se négocie au lieu de suivre les prix par la loi.
- La méthode. Relevé vérifié et corrigé maintenant, M@rel en « revenus futurs nuls », liquidations à 64 et 67 ans comparées, décote de prudence politique de 10-20 %. Ce chiffre daté entre dans un simulateur, la deuxième sensibilité du plan.
- L'entretien du droit est bon marché. Environ 7 200 € de revenus cotisés par an valident 4 trimestres, et ~9 600 € éteignent en plus la PUMa. La séquence est amortie au passage, c'est le Barista subventionné. Le chômage indemnisé et les rachats déductibles complètent. Faites le devis de rachat avant tout produit de rente privé.
- Liquidation. À 64 ans, la décote de base plafonne à 12 trimestres, soit −15 %, et la complémentaire à −12 %. L'arbitrage 64/67 est donc serré, et il se tranche sur la longévité, la réversion et la CSM plutôt que sur la longueur de la carrière. Et la veille reste active, car c'est le chapitre du livre qui périme le plus vite.
Pour aller plus loin§
- info-retraite.fr : le relevé tous régimes, le simulateur M@rel et les devis de rachat, la source avant et au-dessus de tout.
- lassuranceretraite.fr et agirc-arrco.fr : les règles fines de chaque étage (SAM, coefficients, réversion).
- Les textes de la réforme 2023 (âge, durée) et chaque loi de financement : la veille annuelle de ce chapitre.
- Dans ce livre : Rentes et safety first : acheter un plancher (la pension comme rente, les rachats comparés), La taxe PUMa : le piège du rentier français (l'interrupteur commun), Pensions et revenus complémentaires dans le plan (l'entrée dans le plan), Horizon, espérance de vie et retraites de 50 ans (le pont).