Succession et transmission

Tout plan de décumulation a deux sorties. L'épuisement, le scénario contre lequel tout ce livre lutte. Et la transmission, le scénario majoritaire, car les plans prudents meurent riches (Le syndrome de l'année de plus). La France taxe la seconde plus lourdement que presque tous ses voisins. Jusqu'à 45 % en ligne directe au-delà des abattements, et 60 % hors famille. Mais elle offre en même temps une panoplie d'outils légaux. Utilisés tôt et dans l'ordre, ils ramènent la friction effective d'une transmission organisée à 5-10 %, là où l'improvisation paie 10 à 30 % selon la taille du patrimoine.

Cet article traite la transmission comme le reste du livre, en paramètre de plan et non en fin triste. Il déroule les droits et leurs vrais ordres de grandeur. Puis les six outils classés par rendement, à savoir l'assurance-vie d'avant 70 ans, les donations rechargeables, le démembrement, la donation-cession, le régime matrimonial et la purge du CTO au décès. Vient ensuite la tension propre au FIRE. Transmettre tôt optimise les droits, garder optimise les marges, et on ne donne jamais ce dont on pourrait avoir besoin. Puis la protection spécifique du conjoint survivant, le sujet n° 1, avant les enfants. Enfin la gouvernance, avec ses clauses, son testament et sa lettre d'instructions. Même mise en garde que dans tout le livre. Les chiffres sont ceux de 2026, et le notaire reste requis pour les cas réels, car cet article donne la carte, pas les actes.

Les droits, sans fantasme ni déni§

Voici le barème en ligne directe, après l'abattement de 100 k€. Les taux montent de 5 à 20 % jusqu'à ~550 k€ de part taxable, passent à 30 % jusqu'à ~900 k€, puis à 40 % et enfin 45 % au-delà. La friction effective d'une succession de couple non préparée de 1,5-2 M€ avec deux enfants ressort typiquement à 10-20 %. C'est significatif, mais pas confiscatoire. Et surtout compressible. Les cas durs sont ailleurs. La transmission hors ligne directe coûte cher (frères et sœurs 35-45 %, neveux 55 %, tiers et concubins non pacsés 60 %). Le concubinage est le grand piège civil et fiscal du système, car dans un couple FIRE ni marié ni pacsé, le survivant est taxé à 60 %. Le PACS, à défaut du mariage, est la première « optimisation » du livre. L'autre cas dur, c'est l'immobilier, indivisible et illiquide, qui force parfois les ventes (L'immobilier dans un plan FIRE (résidence, locatif)).

Les six outils, classés par rendement§

1. L'assurance-vie alimentée avant 70 ans (PEA, assurance-vie, CTO : les enveloppes du rentier français). Elle offre 152 500 € par bénéficiaire en franchise (pas par contrat), puis 20 % sur les 700 000 € suivants et 31,25 % au-delà. Le capital passe hors succession et hors réserve, sous réserve des primes manifestement exagérées. La clause bénéficiaire se rédige librement. C'est l'outil le plus puissant et le plus mal utilisé. Les clauses standard (« mon conjoint, à défaut mes enfants ») gaspillent des étages d'abattement. Les clauses à options et le démembrement de clause se rédigent pourtant en une heure chez un professionnel. Usufruit au conjoint, nue-propriété aux enfants, et voilà deux transmissions optimisées en une. Après 70 ans, le régime se dégrade, avec 30 500 € d'abattement global sur les primes, mais les gains restent hors droits. D'où la règle, remplir l'AV avant 70 ans. Et à la limite d'âge, verser encore n'est pas absurde, car les gains futurs restent francs de droits.

2. Les donations rechargeables. Elles offrent 100 k€ par parent et par enfant tous les 15 ans. À cela s'ajoute le don familial de sommes d'argent (31 865 € par parent et par enfant, donateur de moins de 80 ans, donataire majeur). Et encore les présents d'usage, proportionnés et non rappelables. Un couple peut ainsi passer ~264 k€ par enfant et par période de 15 ans en franchise totale. Commencer à 55 ans plutôt qu'à 75 double le nombre de recharges avant 90 ans, deux contre une, et l'unique recharge du départ tardif tombe à 90 ans tout juste. Le temps est la variable fiscale n° 1 de la transmission.

DONATIONS RECHARGEABLESUn flux, pas un événement : l'âge du premier don fait toutCouple, deux enfants majeurs. Une marche = 527 k€ : quatre abattements de 100 000 € (art. 779 CGI)et quatre dons familiaux de 31 865 € (art. 790 G), rechargeables tous les 15 ans (art. 784 CGI).04008001 2001 600cumul transmis en franchise totale de droits (k€)+527+527+4001 455 k€départ à 55 ans3 vagues+527+400927 k€départ à 65 ans2 vagues+5272ᵉ vague seulement à 90 ans527 k€départ à 75 ans1 vagueaprès 80 ans, le don familial s'éteint : la marche tombe à 400 k€505560657075808590âge des parents (supposés du même âge)
Cumul transmis en franchise totale de droits par un couple avec deux enfants majeurs, selon l'âge de la première vague de donations. Abattements de l'art. 779 CGI et dons familiaux de l'art. 790 G, montants 2026, rappel fiscal de quinze ans de l'art. 784 CGI.

3. Le démembrement. Il consiste à donner la nue-propriété en gardant l'usufruit. Les droits ne portent alors que sur la valeur de la nue-propriété, et le barème de l'article 669 du CGI la fixe par tranches de dix ans d'âge du donateur. Plus on donne tôt, plus l'usufruit conservé pèse lourd, et plus la base taxable est faible. Et au décès, l'usufruit rejoint la nue-propriété sans droits. C'est l'outil roi de l'immobilier de rapport et de la résidence secondaire, car le donateur garde les loyers ou l'usage à vie (L'immobilier dans un plan FIRE (résidence, locatif)).

Le barème est un escalier fixe, inchangé depuis 2004. La dernière colonne donne la valeur en pleine propriété qu'un seul abattement de 100 000 € laisse passer, donc pour un parent et un enfant.

Âge du donateurUsufruitNue-propriétéDonné sous 100 k€
41 à 50 ans60 %40 %250 000 €
51 à 60 ans50 %50 %200 000 €
61 à 70 ans40 %60 %166 700 €
71 à 80 ans30 %70 %142 900 €
81 à 90 ans20 %80 %125 000 €

L'escalier continue aux deux bouts, de 90 % d'usufruit avant 21 ans à 10 % après 91 ans. Appliqué aux quatre abattements d'un couple avec deux enfants, le barème de 61 à 70 ans laisse passer 666 700 € de pleine propriété au lieu de 400 000 €.

4. La donation-cession (PFU, barème, abattements : l'imposition des retraits). Donner des titres avant de les vendre purge la plus-value latente. La combinaison est simple, une donation dans les abattements (zéro droits) puis une cession par le donataire (PV purgée, zéro IR). C'est le circuit à friction quasi nulle pour financer les enfants adultes, dans les règles (donation réelle, antérieure, non fictive).

5. Le régime matrimonial et la protection du survivant. C'est le sujet avant les enfants, car le survivant doit pouvoir maintenir son plan (FIRE en couple et en famille). Les outils sont civils. La donation au dernier vivant élargit les options du conjoint. L'aménagement du régime aussi (communauté avec préciput ou attribution intégrale). Le survivant prend alors tout, et la transmission aux enfants attend le second décès. C'est fiscalement moins optimal, mais humainement souvent supérieur. Reste la vérification de liquidité, à savoir l'accès rapide du survivant à des comptes à son nom. Les comptes du seul défunt sont bloqués, alors que les comptes et l'assurance-vie au nom du survivant restent disponibles. C'est l'inventaire d'urgence que trop de couples découvrent au pire moment.

6. La purge du CTO au décès (PFU, barème, abattements : l'imposition des retraits). Les plus-values latentes s'éteignent. L'optimisation de fin de partie consiste donc à conserver les lignes aux plus grosses PV pour la transmission et à consommer le reste. L'ordre de consommation des enveloppes s'inverse au grand âge (PEA, assurance-vie, CTO : les enveloppes du rentier français).

La gouvernance : les papiers qui font la moitié du travail§

La transmission ratée est plus souvent un échec d'organisation que de fiscalité. Le socle tient en quatre documents. D'abord les clauses bénéficiaires, relues tous les 3-5 ans, car les clauses obsolètes (l'ex-conjoint, l'enfant unique devenu aîné de trois) sont le contentieux le plus bête du droit patrimonial. Ensuite le testament, même simple, qui ordonne, attribue et évite l'indivision subie. Puis le mandat de protection future, qui désigne qui gère si vous ne pouvez plus, car le plan de décumulation a lui aussi besoin d'un exécutant de secours (FIRE en couple et en famille). Enfin la lettre d'instructions pratique (comptes, contrats, accès, personnes à prévenir, et le plan écrit lui-même), le document qui, en pleine période de deuil, ramène trois mois de démarches à trois semaines. Coût total, quelques heures et quelques centaines d'euros. Rendement, incalculable.

L'essentiel à retenir§


Pour aller plus loin§