Santé et protection sociale du rentier
Dans les récits FIRE américains, la santé est le monstre du placard. L'assurance santé privée y coûte 15-25 k$/an à un couple de cinquantenaires, et peut tuer un plan à elle seule. Le rentier français joue une autre partie. La PUMa le couvre par principe (c'est la contrepartie de la cotisation décrite au chapitre La taxe PUMa : le piège du rentier français, vous payez, vous êtes couvert). Les affections graves sont prises en charge à 100 %, et le reste à charge est parmi les plus bas du monde. Mais cette chance a ses angles morts. Ils sont exactement là où un salarié ne regarde jamais. La mutuelle passe à charge pleine et dérive plus vite que l'inflation. La prévoyance d'entreprise (invalidité, décès) disparaît le jour du départ, sans que personne ne le signale. Et la dépendance du grand âge reste le gros risque non assuré du système, 3 300 à 4 000 €/mois de reste à charge en établissement non habilité à l'aide sociale, pendant des années.
Cet article fait le tour du dossier. D'abord ce que la couverture de base garantit vraiment au rentier. Ensuite la mutuelle, ses coûts par âge, sa dérive, comment la choisir, et l'option d'auto-assurance partielle. Puis le trou de prévoyance, et comment le combler pendant le pont. Puis la dépendance, où l'on provisionne plutôt qu'on n'achète des produits, avec la résidence en réserve dédiée. Enfin la traduction budgétaire, car tout ceci finit en lignes de dépenses du plan, avec leur dérive propre (Suivre l'inflation : les indices, et la vôtre, Combien il vous faut).
La base : ce que la PUMa garantit, et ce qu'elle laisse§
La couverture de droit. La protection universelle maladie couvre tout résident stable et régulier. Le rentier sans activité est assuré (carte Vitale, remboursements standard). C'est le socle qui rend le FIRE français structurellement viable, et dont la CSM est la contrepartie pour le rentier sans activité (La taxe PUMa : le piège du rentier français). Les remboursements de base tournent autour de 70 % des tarifs conventionnés en ville et de 80-100 % à l'hôpital, avec les forfaits et franchises usuels.
Le filet des gros risques, l'ALD. C'est le dispositif le plus important à connaître. Les affections de longue durée (cancers, diabète, maladies cardiovasculaires, etc., la liste couvre l'essentiel des pathologies lourdes) sont prises en charge à 100 % du tarif de base pour tous les soins liés à l'affection. Le scénario catastrophique américain, la maladie qui ruine, n'a pas d'équivalent français à tarifs opposables. Restent les dépassements d'honoraires et le confort, qui sont le travail de la mutuelle.
Ce que la base laisse à charge. Le ticket modérateur en ville, les dépassements (secteur 2, chirurgie, spécialistes des métropoles), l'optique-dentaire-audio (le 100 % santé ne joue qu'avec un contrat responsable, donc avec une mutuelle) et les chambres particulières. Pour un couple sans mutuelle, cela fait quelques centaines à quelques milliers d'euros les années calmes, et potentiellement 5-15 k€ une année chargée en dépassements. C'est la matière de l'arbitrage mutuelle.
La mutuelle à charge pleine : coûts, dérive, arbitrages§
Le choc du départ. La mutuelle d'entreprise (employeur 50 %+, contrat groupe mutualisé) disparaît. D'abord en douceur, car la portabilité maintient la couverture jusqu'à 12 mois après un départ ouvrant droit au chômage (la rupture conventionnelle du FIRE, encore elle, un an de mutuelle gratuite, à activer systématiquement). Puis à charge pleine, en contrat individuel tarifé à l'âge. Voici les ordres de grandeur d'un contrat intermédiaire pour un couple : 150-250 €/mois à 45-55 ans, 250-400 € à 60-70 ans, 400-600 € au-delà. S'y ajoute la dérive. Les cotisations de mutuelle progressent de 4-6 %/an (l'âge plus la dérive des coûts médicaux), et c'est la composante principale de l'inflation personnelle du retraité (Suivre l'inflation : les indices, et la vôtre). C'est cette ligne qui justifie à elle seule d'inscrire au plan une dérive de dépenses de +0,3 à +0,5 %/an au-dessus de l'inflation générale (Les dépenses réelles en retraite (retirement smile, Die With Zero)).
Choisir, trois principes. D'abord, couvrir les gros restes à charge (hospitalisation, dépassements chirurgicaux, les postes qui font les années à 15 k€). Le confort vient ensuite, car les paniers optique-dentaire premium coûtent souvent plus en cotisation qu'ils ne rendent, faites le ratio. Ensuite, comparer tous les 3-5 ans. Le marché individuel est dispersé, des écarts de 30-40 % à garanties égales ne sont pas rares, et la résiliation est libre à tout moment passé la première année. Enfin, pour le rentier discipliné, envisager l'auto-assurance partielle. Une mutuelle de niveau modeste (hospitalisation solide, le reste minimal) plus une provision dédiée, c'est le raisonnement du buffer appliqué à la santé (Le matelas de liquidités : taille, coût, vrai rôle). L'assurance intégrale du petit risque est toujours chère, car les frais de gestion des mutuelles font 15-20 % des cotisations. L'ALD et l'hôpital public couvrant déjà la queue, un ménage à plan solide peut porter le ticket modérateur lui-même. C'est un arbitrage personnel, chiffrable, légitime dans les deux sens.
La dépendance : le grand risque non assuré, et comment le provisionner§
Les chiffres qu'il faut avoir vus. Le prix médian d'une chambre seule en EHPAD (CNSA, prix 2024) tourne autour de 2 200 €/mois quand elle est habilitée à l'aide sociale et de 3 200 €/mois dans le privé non habilité, où le dixième le plus cher dépasse 4 000 € et la région parisienne davantage encore. Les aides (APA, aide au logement, réduction d'impôt) n'en retirent que 400 à 450 €/mois en moyenne, et un ménage aisé perd l'aide au logement comme l'essentiel de l'APA, dont la participation croît avec les revenus ; il ne lui reste guère que les 2 500 € annuels de réduction d'impôt. Comptez donc, en chambre non habilitée et aux tarifs revalorisés de 2026, un reste à charge de 3 300 à 4 000 €/mois, soit 40 à 48 k€/an, et près de 70 k€/an à Paris. Le séjour dure deux ans et trois mois en moyenne, mais un quart des résidents dépasse trois ans, et la queue court au-delà de huit ans, le scénario à 300 k€. Le maintien à domicile médicalisé coûte autant, voire plus, aux stades avancés. La probabilité d'y passer est de l'ordre d'un sur deux pour au moins un membre d'un couple atteignant 85 ans. Ce n'est pas une queue exotique. C'est la dernière phase probable du plan (Les dépenses réelles en retraite (retirement smile, Die With Zero), la remontée finale du sourire).
Les réponses, par ordre de préférence. Les produits d'assurance dépendance français sont globalement décevants (définitions restrictives de la dépendance, rentes plafonnées, cotisations à fonds perdus qui dérivent). À examiner, mais rarement retenus. La provision structurelle domine. Et le ménage français en a presque toujours une toute trouvée, la résidence principale. Le scénario dépendance est précisément celui où l'on quitte le logement. Sa vente (ou son viager) finance l'établissement. La « réserve de dernier recours » de L'immobilier dans un plan FIRE (résidence, locatif) trouve ici son affectation naturelle. Nommez-la dans le plan (« la maison est la provision dépendance ») et la queue à 250 k€ est couverte sans un euro de cotisation. Deux compléments pour les patrimoines locatifs ou financiers. La tranche de capital de grand âge que les plans prudents laissent de toute façon (Le syndrome de l'année de plus, on meurt le plus souvent riche). Et la rente viagère tardive, qui sécurise le plancher pendant que le capital absorbe la dépendance (Rentes et safety first : acheter un plancher).
Et l'anticipation non financière, que tous les praticiens du grand âge placent au-dessus des chiffres. Le mandat de protection future, les directives anticipées, la conversation familiale. Le coût de la dépendance non préparée est d'abord décisionnel (FIRE en couple et en famille, Succession et transmission).
La traduction budgétaire§
Rassemblons les lignes de budget que ce chapitre ajoute au plan (Combien il vous faut). La mutuelle à charge pleine (200-300 €/mois pour un couple en croisière, trajectoire croissante). Le reste à charge courant (50-150 €/mois lissés). La temporaire décès éventuelle du pont (20-60 €/mois). Et les deux dérives, celle des dépenses de santé (+0,3-0,5 %/an au-dessus de l'IPC) et le sourire de fin de vie décrit par Blanchett (Les dépenses réelles en retraite (retirement smile, Die With Zero)). S'ajoute une ligne de plan, pas de budget : la provision dépendance nommée (la résidence, ou une tranche de capital dédiée). Un plan qui porte ces lignes n'a plus de « monstre santé ». Il a des dépenses connues, datées, dérivées, c'est-à-dire des paramètres de plan comme les autres.
L'essentiel à retenir§
- Le rentier français est couvert par principe (PUMa) et protégé des catastrophes médicales (ALD à 100 %, hôpital). Le risque santé français n'est pas la ruine médicale, c'est l'accumulation de lignes mal anticipées.
- La mutuelle passe à charge pleine (portabilité de 12 mois d'abord, activez-la), 150-600 €/mois pour un couple selon l'âge, dérive 4-6 %/an. C'est la première source de la dérive de dépenses du plan. Comparez tous les 3-5 ans, couvrez les gros restes à charge d'abord, et sachez que l'auto-assurance partielle est un arbitrage légitime.
- Le trou invisible est la prévoyance. Décès et invalidité d'entreprise disparaissent au départ. Simulez le décès d'un membre. Une temporaire décès de pont coûte peu et couvre l'écart, et l'invalidité du rentier est portée par les marges du plan.
- La dépendance est le grand risque non assuré, 3 000-3 500 €/mois de reste à charge en chambre non habilitée, un sur deux à 85 ans. Les produits déçoivent, la provision structurelle domine, et la résidence principale en est l'affectation naturelle. Nommez-la dans le plan.
- Tout finit en paramètres : lignes de budget datées, deux dérives (la santé, puis le sourire), une provision nommée. Une matinée d'inventaire avant le départ, puis la revue annuelle (La revue annuelle : la check-list du rentier).
Pour aller plus loin§
- ameli.fr : la PUMa, les ALD et les taux de remboursement, la source de la couverture de base.
- La DREES et la CNSA : leurs enquêtes sur les prix des EHPAD et les restes à charge donnent les chiffres du provisionnement.
- Les comparateurs indépendants de mutuelles et le dispositif 100 % santé, pour l'arbitrage triennal.
- Dans ce livre : La taxe PUMa : le piège du rentier français (le financement de la couverture), Les dépenses réelles en retraite (retirement smile, Die With Zero) (le sourire et la fin de vie), L'immobilier dans un plan FIRE (résidence, locatif) (la résidence-provision), FIRE en couple et en famille (la prévoyance du survivant).