Suivre l'inflation : les indices, et la vôtre
Tout le plan vit en euros constants. Les retraits s'indexent, les simulations tournent en réel, le plancher est un pouvoir d'achat (Inflation et taux de retrait : le lien exact). Mais constants par rapport à quoi ?
« L'inflation » n'est pas un fait brut. C'est une mesure construite, avec un panier qui n'est pas le vôtre. L'écart entre l'indice officiel et votre inflation personnelle paraît petit chaque année. Composé sur trente ans, il peut valoir autant qu'un point de taux de retrait. Cet article est le manuel de mesure. Il déroule d'abord les deux indices qui comptent pour un Français, l'IPC et l'IPCH (celui qui sert de déflateur), leur construction et leur principal angle mort, le logement du propriétaire. Il pèse ensuite le débat honnête sur leur fiabilité. Il aborde la question centrale de l'inflation personnelle, pourquoi celle d'un retraité dérive au-dessus de l'indice et comment estimer la vôtre en une soirée. Il lit les anticipations de marché, les points morts, la seule « prévision » d'inflation qui engage de l'argent. Il finit par la traduction opérationnelle, sur quoi indexer ses retraits et comment régler la dérive de dépenses dans un simulateur.
Les indices : ce qu'ils sont, ce qu'ils contiennent§
L'IPC de l'INSEE. C'est l'indice des prix à la consommation français. Il couvre environ 1 100 familles de produits, suivies par plus de 200 000 relevés de prix chaque mois et pondérées par leur poids dans le budget moyen des ménages. Sa variante « hors tabac » sert de référence légale (c'est elle qui indexe le SMIC, les pensions... et les OATi, Les obligations indexées sur l'inflation).
L'IPCH (HICP). C'est l'indice harmonisé européen, la version comparable entre pays de la zone. Il sert de cible à la BCE (2 %), il indexe les OAT€i dans sa version zone euro hors tabac, et c'est la série qui sert à déflater (le symbole ^HICP-FR, par lequel passent toutes les conversions en réel du simulateur, Sous le capot : comment pofo calcule ce livre). L'IPC et l'IPCH français divergent peu, car leurs méthodes sont proches. L'IPCH pondère un peu différemment, notamment la santé nette des remboursements, d'où quelques dixièmes d'écart certaines années.
Ce que le panier contient mal : le logement du propriétaire. C'est le point technique le plus important. L'IPCH ne compte le logement que par les loyers effectifs, soit environ 7 % du panier français, le poids des locataires. Le coût du logement du propriétaire, le prix des logements et l'équivalent-loyer, n'y figure pratiquement pas. Quand l'immobilier double, l'IPCH ne bouge pas. Les conséquences pour vous sont doubles. À la baisse, un rentier propriétaire toit payé (L'immobilier dans un plan FIRE (résidence, locatif)) a une inflation personnelle structurellement plus douce que l'indice, car son plus gros poste est éteint. À la hausse, l'épargnant en accumulation qui vise un achat voit sa vraie inflation-cible galoper sans que l'indice le dise. Même logique pour tout ce que l'indice moyenne et que vous ne consommez pas.
Les corrections de qualité (effets hédoniques). Quand le smartphone de 2026 fait plus que celui de 2020 au même prix, l'indice compte une baisse de prix. C'est défendable en méthode, car on mesure le prix du service rendu. C'est débattu en pratique, car vous ne pouvez pas acheter « moins de qualité » et votre dépense, elle, ne baisse pas. Le débat honnête sur la fiabilité tient en deux phrases. Les indices officiels européens sont sérieux, audités, sans manipulation démontrée. Et ils mesurent un panier moyen à qualité corrigée qui peut s'écarter durablement de l'expérience de dépense d'un ménage donné. Les deux propositions sont vraies, d'où la section suivante.
Votre inflation : pourquoi celle d'un retraité dérive au-dessus§
La dispersion des inflations personnelles autour de l'indice est documentée. L'INSEE publie des indices par catégorie de ménage et un simulateur d'inflation personnalisée. Les écarts entre ménages types s'y comptent en quelques dixièmes de point par an. Et le profil retraité cumule les pondérations défavorables :
- La santé et la dépendance. Ce poste croît en part du budget avec l'âge, et sa facture court structurellement au-dessus de l'IPC. Ce n'est pas l'indice « santé » de l'INSEE qui s'envole, puisqu'il est net des remboursements et progresse lentement. C'est votre reste à charge, à commencer par la cotisation de mutuelle (+4-6 %/an tendanciels, portés par l'âge et la dérive des coûts médicaux), puis les établissements et l'aide à domicile (Santé et protection sociale du rentier, Les dépenses réelles en retraite (retirement smile, Die With Zero)).
- Les services en général (aide, entretien, restauration, assurances). Ils sont à forte intensité de main-d'œuvre locale, donc leurs prix suivent les salaires, historiquement environ 1 point au-dessus des biens. Et le budget d'un retraité est plus riche en services que la moyenne.
- Ce qui baisse ne le concerne plus autant. La déflation des biens technologiques et manufacturés tire l'indice vers le bas, mais elle pèse peu dans un panier de retraité.
L'ordre de grandeur qui en sort est cohérent avec les études étrangères sur les indices « seniors ». Le CPI-E américain court +0,2-0,3 point/an au-dessus du CPI général sur longue période. L'inflation d'un ménage retraité dépasse ainsi l'indice de ~0,2 à 0,5 point par an, davantage aux grands âges. Composé sur trente ans, +0,3 point vaut ~9-10 % de pouvoir d'achat d'écart, soit une année et demie de dépenses. Ce n'est pas un raffinement, c'est un poste du plan.
Estimer la vôtre en une soirée. Reprenez vos 12-24 mois de relevés déjà classés (Combien il vous faut). Pondérez vos catégories réelles. Croisez-les avec les indices INSEE par fonction, services, alimentation, énergie, tous publiés, et prenez vos propres cotisations pour la santé. La moyenne pondérée est votre inflation rétrospective, et le simulateur d'inflation personnalisée de l'INSEE fait le calcul en ligne. L'objectif n'est pas la décimale. C'est de savoir si vous êtes un ménage « indice », « indice +0,3 » ou « indice +0,6 », et de le donner au plan.
Le suivi pratique, et le réglage du plan§
Le tableau de bord minimal tient en dix minutes à la revue annuelle (La revue annuelle : la check-list du rentier). Premier chiffre, l'inflation officielle des douze derniers mois, IPC ou IPCH (publication mensuelle de l'INSEE et d'Eurostat, c'est elle qui a indexé vos retraits). Deuxième chiffre, votre inflation personnelle rétrospective, le calcul d'une soirée refait d'un coup d'œil. Troisième chiffre, le breakeven 10 ans, l'étalonnage des anticipations. Tout le reste est du bruit pour un plan de 40 ans, le chiffre du mois, le débat core/headline, les gros titres. L'inflation se pilote à l'année, pas au flash mensuel.
Sur quoi indexer les retraits ? La règle fixe canonique indexe sur l'IPC (Le retrait fixe indexé (Bengen) : le classique de référence). C'est le bon défaut, observable, incontestable, cohérent avec les pensions et les linkers. Il se complète par une dérive explicite. Le réglage propre n'est pas « j'indexe sur IPC + 0,4 » (invérifiable), mais « j'indexe sur l'IPC et je budgète une dérive réelle des dépenses ». C'est ce qu'un simulateur fait littéralement. Un curseur de dérive réelle des dépenses (en pourcentage par an) ajoute une pente réelle aux dépenses (+0,3 à +0,5 %/an est la valeur de planification recommandée pour la dérive santé), et le « retirement smile » module le profil par âge (Les dépenses réelles en retraite (retirement smile, Die With Zero), Utiliser le simulateur FIRE de pofo). Un plan simulé sans dérive sur 45 ans suppose que votre panier suivra exactement l'indice moyen national pendant un demi-siècle. C'est l'hypothèse optimiste déguisée la plus courante du sujet.
Et rappelez-vous ce qu'un simulateur fait déjà. Il travaille en réel de bout en bout, avec des séries déflatées par l'IPCH et des retraits en pouvoir d'achat constant (Sous le capot : comment pofo calcule ce livre). L'inflation moyenne est donc dans la machine par construction. Ce que les curseurs ajoutent, c'est votre écart à la moyenne, la dérive. Et ce que les modèles de régime testent, c'est le risque d'épisode (Inflation et taux de retrait : le lien exact pour la mécanique complète).
L'essentiel à retenir§
- Trois inflations : l'officielle (IPC/IPCH, celle des pensions, des linkers, et du déflateur
^HICP-FR), la vôtre (votre panier, typiquement indice +0,2 à +0,5 pour un retraité, santé et services en tête), et celle du plan (officielle + dérive explicite). - Les indices européens sont sérieux, mais ils moyennent un panier qui n'est pas le vôtre. L'angle mort principal est le logement du propriétaire, quasi absent de l'IPCH. Un toit payé adoucit votre inflation, l'indice ne le sait pas.
- L'écart composé compte. +0,3 point/an sur 30 ans ≈ 10 % de pouvoir d'achat, soit un an et demi de dépenses. Estimez votre panier en une soirée (relevés × indices INSEE par fonction, ou le simulateur INSEE).
- Le tableau de bord annuel tient en trois chiffres : l'inflation officielle sur 12 mois, votre inflation rétrospective, le breakeven 10 ans (la seule anticipation qui engage de l'argent, un étalonnage, jamais un signal de timing).
- Le réglage propre du plan tient en une ligne. Indexer sur l'IPC et budgéter la dérive (une pente de +0,3 à +0,5 %/an, plus le profil en sourire). Un plan de 45 ans sans dérive suppose un panier moyen éternel, c'est l'optimisme le mieux déguisé du sujet.
Pour aller plus loin§
- insee.fr : l'IPC mensuel, les indices par fonction (COICOP) et le simulateur d'inflation personnalisée, les outils de la soirée de calcul.
- Eurostat : l'IPCH par pays et le détail méthodologique (dont le dossier du logement du propriétaire, l'OOH).
- Le Boskin Report (1996) et ses suites : le débat qualité/substitution, version documentée.
- BLS, le CPI-E américain : la référence sur l'inflation des seniors.
- Dans ce livre : Inflation et taux de retrait : le lien exact (l'effet exact sur le plan), Les dépenses réelles en retraite (retirement smile, Die With Zero) (la dérive et le sourire), Les obligations indexées sur l'inflation (les points morts en pratique).