Pensions et revenus complémentaires dans le plan

Presque aucun plan réel n'est un portefeuille seul contre le monde. Il y a la pension légale, qui arrivera un jour (FIRE et retraite légale : trimestres, AGIRC-ARRCO, décote). Parfois des loyers (L'immobilier dans un plan FIRE (résidence, locatif)). Une activité dosée (Barista, coast, side income : le travail choisi). Une rente, et peut-être un héritage lointain. Or la façon de compter ces flux dans le plan pèse plus lourd que la plupart des choix de portefeuille. Les analyses de sensibilité classent d'ailleurs la pension au deuxième rang des variables du plan, juste derrière les dépenses.

Ce chapitre est le manuel de comptabilité de ces revenus. Il pose d'abord la taxonomie : garantis, quasi sûrs, espérés, trois traitements distincts que l'on confond à ses dépens. Il détaille ensuite les mécanismes par lesquels un flux transforme un plan. Un flux ne fait pas que réduire les retraits ; il raccourcit l'horizon à risque, écrase la queue de longévité et vaut une allocation obligataire implicite. Vient la modélisation concrète dans un plan chiffré (montant net réel, année de début, année de fin, hypothèses de pension et pièges de saisie), puis les cas particuliers (loyers, rentes, héritages délicats, revenus du conjoint). Enfin la contre-vérification, car un plan peut aussi être trop adossé. Quand les flux promis dominent tout, c'est leur risque propre (politique, locatif, santé de l'activité) qui devient le risque du plan.

Ce qu'un flux fait à un plan : les quatre mécanismes§

Un revenu de 15 k€/an dans un plan à 50 k€ de dépenses ne « réduit pas les retraits de 30 % ». Il fait quatre choses, dont trois échappent à l'intuition.

1. Il réduit les retraits nets, mais seulement quand il tombe. C'est l'évidence, avec sa subtilité temporelle. Une pension qui démarre à l'année 17 ne réduit rien pendant la phase de pont. De là vient la structure en deux régimes de tout plan français : une phase à découvert, puis une phase adossée (Horizon, espérance de vie et retraites de 50 ans). Et de là vient le mécanisme suivant.

2. Il raccourcit l'horizon à risque. C'est le vrai service de la pension. Le « plan de 50 ans » devient un pont de 17 ans, complété ensuite. Le risque de séquence et la falaise du fixe se concentrent alors sur le seul pont (Le risque de séquence : le vrai ennemi du retraité). C'est pourquoi ajouter la pension au modèle divise souvent la ruine par 2 à 4, l'oubli le plus cher (Les dix erreurs qui ruinent un plan FIRE). La pension arrive précisément dans les scénarios longs, ceux où le portefeuille fatigue.

3. Il écrase la queue de longévité. Un flux viager (pension, rente) couvre le seul risque que le capital couvre mal : vivre très longtemps (Rentes et safety first : acheter un plancher, Horizon, espérance de vie et retraites de 50 ans). Regardez la ruine pondérée par la mortalité. Les scénarios « vivant, ruiné, 95 ans » deviennent « vivant, au plancher pension, 95 ans ». C'est un tout autre événement.

4. Il constitue une allocation obligataire implicite. C'est la lecture TPAW (Le retrait par amortissement (ABW/TPAW) : l'approche actuarielle). Une pension de 20 k€/an, actualisée, « pèse » 300-450 k€ d'obligation d'État indexée dans le patrimoine total. À risque global égal, le portefeuille visible peut donc porter plus d'actions (L'allocation actions/obligations en retrait, la notion de couverture du plancher). Le quinquagénaire à pension future qui garde 40 % d'obligations par prudence est souvent, en réalité, sous-investi. La prudence était déjà dans sa pension.

Modéliser un flux : trois nombres et leurs pièges§

Un revenu extérieur se décrit par trois nombres seulement. Un montant annuel, une année de début, une année de fin. Le montant se saisit net et en euros constants, donc après impôt et supposé suivre l'inflation, comme tout le reste d'un plan de décumulation (Inflation et taux de retrait : le lien exact). Le calcul est ensuite d'une simplicité désarmante. Chaque année, le flux se soustrait du besoin, et le portefeuille ne finance que la différence. Deux formes couvrent tout. Le flux viager n'a pas d'année de fin, c'est la pension ou la rente. Le flux daté en a une, ce sont les loyers d'un bien qu'on vendra, une activité, une allocation chômage. Tout simulateur sérieux offre les deux, et s'en passer revient à faire tourner un plan qui n'est pas le vôtre.

La pension se saisit en trois versions, jamais en une. Y entrent la pension légale décotée, les rentes viagères en cours et la réversion pondérée, chacune à sa date de liquidation. Comme le montant reste incertain à vingt ans de distance, la bonne pratique consiste à faire tourner le plan sous trois hypothèses. Un scénario stressé d'abord, pension rabotée de 20 à 30 % et âge repoussé. Les seuls droits déjà acquis ensuite, c'est-à-dire le plancher obtenu si la carrière s'arrête aujourd'hui. L'estimation du simulateur officiel enfin, en France le service inter-régimes M@rel (FIRE et retraite légale : trimestres, AGIRC-ARRCO, décote). Trois saisies, trois taux de ruine, une fourchette. C'est l'écart entre les trois qui informe, pas le chiffre du milieu.

Trois pièges de saisie guettent au passage. D'abord le montant brut recopié du relevé, alors qu'il faut le net décoté. Ensuite l'année trop optimiste : pour une carrière courte, comptez 67 ans plutôt que 64, sauf calcul contraire. Enfin l'oubli de la deuxième pension du couple. Sommez les flux du ménage, chacun à sa date, quitte à pondérer l'écart d'années par une entrée moyenne.

Le revenu d'appoint se modélise en flux daté. Y entrent les loyers nets décotés d'un bien qu'on vendra, l'activité structurelle d'un semi-FIRE et l'allocation chômage de la transition. L'activité ne se compte que dans ce cas, lorsqu'elle est un paramètre assumé du plan (Barista, coast, side income : le travail choisi). Le piège est unique mais grave : y glisser les revenus espérés de la catégorie 3. Le simulateur vous dira alors ce que vous voulez entendre. C'est exactement le p-hacking de scénarios (Les pièges des simulateurs).

Et l'année de début compte autant que le montant. Un euro d'appoint ne vaut pas la même chose selon la date où il tombe. Placé dans les cinq premières années, il évite de vendre des parts pendant une baisse, donc il attaque le risque de séquence exactement là où celui-ci se joue (Le risque de séquence : le vrai ennemi du retraité). Placé à l'année 25, il n'est plus qu'un supplément de confort, car le sort du plan est déjà largement scellé. Un appoint modeste et précoce achète ainsi plus de sécurité qu'une rallonge de capital bien plus grosse. C'est la meilleure assurance anti-séquence disponible, et ce mécanisme explique à lui seul l'efficacité du semi-FIRE et du mi-temps doux (Barista, coast, side income : le travail choisi).

Reste la lecture après saisie. La sensibilité se teste : faites varier la pension de ±20 % et de ±2 ans. Si la ruine bascule, le plan est un pari sur la pension (voir la contre-vérification plus bas). Les outils dotés d'un solveur en mouvements équivalents chiffrent directement ces échanges (Le syndrome de l'année de plus). On y voit « 500 €/mois d'appoint pendant 5 ans » côtoyer « 80 k€ de capital », un menu qui remet les grandeurs en face.

La contre-vérification : le plan trop adossé§

La discipline de ce chapitre pousse à adosser. La lucidité impose la borne inverse. Un plan dont 70-80 % du plancher repose sur des flux promis a concentré son risque sur ces promesses. La pension légale porte un risque politique : les décotes de 10-20 % existent pour cela, et un plan qui casse si la décote passe à 30 % mérite d'être regardé de près (FIRE et retraite légale : trimestres, AGIRC-ARRCO, décote). Les loyers portent un risque réglementaire et de gestion. L'activité structurelle porte un risque de santé et d'envie : le Barista de 48 ans sera-t-il encore le Barista de 61 ans ?

Le test de robustesse s'applique à la conception comme aux revues (La revue annuelle : la check-list du rentier). Reprenez le plan sans chaque flux, un par un, ce flux ramené à zéro, deux minutes par test. La ruine qui en sort n'a pas à rester sous le seuil, c'est tout l'intérêt des flux. Mais elle doit rester dans la zone du rattrapable, celle pour laquelle le playbook a des paliers (Quand s'inquiéter, quand laisser courir). Si la perte d'un flux rend le plan irrécupérable, ce flux n'est pas une marge du plan. Il est le plan. Il mérite alors le traitement d'un actif central : diversification, entretien, plan B écrits.

L'essentiel à retenir§


Pour aller plus loin§