Trois plans complets, chiffrés de bout en bout

La théorie est derrière nous. Voici trois ménages fictifs mais réalistes, déroulés de bout en bout avec la procédure du livre (Construire son plan pas à pas). Le premier est un solo précoce et sobre, le cas où chaque marge compte. Le deuxième est un couple FIRE classique, le fil rouge du livre, ici traité en entier. Le troisième est un départ tardif confortable, au pont court, où presque tout se simplifie. Pour chacun, vous trouverez les chiffres audités, la cible, le portefeuille, la règle de retrait, les protections et la validation croisée. Et surtout les leçons, ce que le cas enseigne et qu'on ne voit qu'une fois les nombres posés.

Les nombres sont réalistes mais illustratifs (fiscalité 2026, marchés du moment). Votre plan, lui, se fait avec vos chiffres. Ces trois cas servent d'étalonnage. Si votre situation ressemble à l'un d'eux mais que vos résultats en divergent beaucoup, cherchez pourquoi. C'est le meilleur usage d'un cas-type.

Cas 1 : Jules, 38 ans, solo, le précoce sobre§

Les chiffres. Jules est ingénieur, célibataire, locataire par choix. Ses dépenses auditées sont de 22 800 €/an en confort. Son plancher, lui, est testé à 18 500 €, soit 81 % du confort. Peu de gras, donc : la sobriété a un revers (La flexibilité : mythe et réalité). Son patrimoine atteint 705 k€ : un PEA plein à 150 k€, une assurance-vie de 8 ans à 180 k€, un CTO à 340 k€ et 35 k€ de livrets. Sa pension estimée sur M@rel est modeste, environ 900 €/mois à 67 ans, décotée de 20 %, soit 8 600 €/an à partir de l'année 29. Son horizon est long : 57 ans, en visant le 90e percentile d'espérance de vie d'un homme seul (95 ans).

La conception. Le confort seul demande un taux de 3,23 %, dans les clous pour un horizon aussi long (La règle des 4 % en dix minutes). Mais deux fragilités pèsent : le plancher est haut et le ménage n'a pas de second revenu. Jules retient donc un semi-FIRE structurel (Barista, coast, side income : le travail choisi). Il compte 6 k€/an de missions choisies, assumées comme une catégorie de revenu à part entière (Pensions et revenus complémentaires dans le plan). Ces missions éteignent la PUMa et valident ses trimestres (La taxe PUMa : le piège du rentier français, FIRE et retraite légale : trimestres, AGIRC-ARRCO, décote). Elles ramènent surtout les retraits nets à 16 800 €, soit un taux de 2,4 %. Le portefeuille est un 80/20. L'horizon long et les retraits bas autorisent le haut du plateau actions (L'allocation actions/obligations en retrait) : Monde 62 %, small-cap value 10 %, linkers courts 8 %, obligations d'État 5-8 ans 7 %, or 5 %, fonds euros 8 %. Le fonds euros représente 30 mois de buffer, volontairement gros parce que le plancher est haut. La règle de retrait est un pourcentage lissé à la Yale, appliqué au budget de confort au-dessus du plancher (Le pourcentage fixe du portefeuille : increvable mais inconfortable). Le plancher, lui, reste couvert par les retraits bas et les missions. La variabilité de la règle ne menace donc rien d'essentiel.

La validation. Le scénario central donne 1,8 % de ruine, le broad-sample mondial 5,9 %. Les échecs sont très tardifs, une fois la pension acquise. La séquence 1966 est traversée. Une décennie perdue reste survivable en activant le palier 3, c'est-à-dire en montant les missions à 15 k€, une option toujours ouverte chez lui. La sensibilité dominante, ce sont les missions : sans elles, la ruine centrale remonte à 4,4 %, ce qui reste rattrapable. Le test du plan trop adossé à un seul revenu passe (Pensions et revenus complémentaires dans le plan).

Les leçons du cas. D'abord, le semi-FIRE structurel transforme un plan solo tendu en plan solide, sans une année de travail à plein temps de plus (Le syndrome de l'année de plus). C'est un « one more year » partiel, mais en régime permanent. Ensuite, le plancher à 81 % est la vraie fragilité des plans sobres. La flexibilité de Jules se loge dans ses revenus, pas dans ses dépenses, et sa règle comme ses paliers en tiennent compte. Enfin, à 2,4 % de retrait net, le principal risque de Jules n'est pas la ruine mais la sous-vie (La psychologie du retrait : pourquoi dépenser est si dur). Son plan porte donc un budget « décennie active », chargé à l'avant et presque obligatoire (Les dépenses réelles en retraite (retirement smile, Die With Zero)).

Cas 2 : Aline et Thomas, 46 et 48 ans, le couple FIRE classique§

Les chiffres. C'est le fil rouge du livre, ici consolidé (Construire son plan pas à pas). Le couple dépense 54 k€ en confort et a testé un plancher à 41 k€ (76 % du confort). Il a deux enfants dont les études (2029-2033) sont financées par une échelle dédiée, hors du plan de retraite (Les échelles d'obligations (et l'échelle de linkers)). Le patrimoine est de 1,75 M€ hors résidence, laquelle est payée. Les pensions attendues sont de 26 k€/an, décotées, à partir de 67 ans (années 19 à 21 du plan). L'horizon est de 52 ans. Le départ est prévu dans 2 ans, avec des critères écrits à l'avance.

La conception. Le taux visé est de 3,5 %, avec une enveloppe de dépenses active de +7 k€ jusqu'à 62 ans. C'est la première dépense coupée en cas de coup dur (Les dépenses réelles en retraite (retirement smile, Die With Zero)). Le portefeuille est un 68/32, avec une tente obligataire qui remonte les actions de 58 à 80 % (Les glidepaths : bond tent, rising equity et la fenêtre fragile) : Monde en PEA et CTO 51 %, small-cap value 8 %, État 12 %, linkers 8 %, or 5 %, managed futures 5 %, fonds euros 11 %. La règle combine deux phases (Choisir sa stratégie : critères, comparatif, cas d'usage). Pendant le pont, elle applique des guardrails pilotés par le risque : cible 5 %, coupe si le taux dépasse 13 % de façon confirmée, plancher de coupe à 78 % du budget. Une fois les pensions versées, un VPW prend le relais. Les protections, enfin, sont nombreuses. Un buffer de 26 mois fond volontairement, épuisé vers l'année 10. Un gel d'indexation attend en réserve. La micro-entreprise de Thomas est déjà ouverte, avec une marge d'environ 12 k€/an non comptée dans le plan. Et une rupture conventionnelle négociée ouvre des droits chômage et des revenus complémentaires sur les deux premières années (Pensions et revenus complémentaires dans le plan).

La validation. Le scénario central donne 4,6 % de ruine, le stress 6,8 %, le broad-sample 9,1 %. Les échecs surviennent aux trois quarts après 80 ans, une fois les pensions acquises. Les séquences 1966 et 2000 sont traversées : la coupe s'y active deux à trois fois, mais jamais sous le plancher. Une décennie perdue reste survivable en activant les paliers 2 et 3. Les sensibilités confirment la robustesse. Des dépenses à ±10 % font varier la ruine de 2,9 à 7,2 %, et la décision tient. Une pension amputée de 30 % la porte à 6,1 %, ce qui reste rattrapable. L'année de départ décalée de ±1 an ne change le résultat que de 0,4 point. Le solveur a donc tranché le « one more year » : les critères sont au vert, ils partent (Le syndrome de l'année de plus).

Les leçons du cas. D'abord, un plan « classique » bien construit a l'air compliqué sur le papier, mais il tient sur une page : chaque brique répond à un test précis, aucune n'est décorative. C'est toute la différence avec le portefeuille-collection (Construire en UCITS : le portefeuille de retrait de l'investisseur européen). Ensuite, les pensions décotées font la moitié de la solidité : sans elles, la ruine centrale bondit à 11,3 %. L'heure passée à auditer ses droits sur info-retraite a rapporté plus que tout le reste (FIRE et retraite légale : trimestres, AGIRC-ARRCO, décote). Enfin, la vraie sophistication n'est pas dans le portefeuille mais dans la gouvernance : le quiz inversé, les seuils écrits, les interdits. Une fois cela posé, le portefeuille de ce couple se pilote en six heures par an (La revue annuelle : la check-list du rentier).

Cas 3 : Farida et Marc, 57 et 58 ans, le départ tardif confortable§

Les chiffres. Ce sont deux cadres supérieurs fatigués qui veulent partir tout de suite. Ils dépensent 66 k€ en confort, avec un plancher testé à 48 k€ (73 %). Leur patrimoine est de 2,4 M€ (deux PEA pleins, des assurances-vie anciennes à 700 k€, un CTO à 900 k€), résidence payée en plus. Leurs carrières sont pleines : les pensions du couple atteindront 52 k€/an à 64 ans, décotées de seulement 10 %, un risque politique modéré à 6 ans de l'échéance. Le pont ne dure donc que 6 à 7 ans. L'horizon est de 40 ans.

La conception. Le pont court change tout. Le plancher de ces années de pont peut être adossé en totalité (Les échelles d'obligations (et l'échelle de linkers)) : 7 barreaux de 48 k€, soit environ 330 k€, en fonds euros pour les années 1-2 puis en fonds à échéance 2028-2032. La ruine du plancher avant les pensions est alors contractuellement nulle. Le reste, 2,07 M€, ne finance que le confort au-dessus du plancher pendant 7 ans, puis le simple complément au-dessus des pensions et quelques projets. Ce complément vaut 66 − 52 = 14 k€/an, soit un taux de retrait de croisière de 0,7 % seulement. Le portefeuille du reste est un 70/30 sans tente. La fenêtre fragile étant déjà adossée par l'échelle, le glidepath n'a plus d'objet, et c'est la leçon structurelle du cas. La règle est un ABW paramétré avec un legs, car ils veulent transmettre 500 k€ (Le retrait par amortissement (ABW/TPAW) : l'approche actuarielle, Succession et transmission), les donations démembrées commençant à 62 ans. Côté fiscal, les 6 années de pont à faible taux marginal sont un boulevard pour lisser : purges du CTO au barème, abattements d'assurance-vie, tout le programme de PFU, barème, abattements : l'imposition des retraits tourne à plein régime.

La validation. Le scénario central donne 0,9 % de ruine, le broad-sample 2,8 %. Même une décennie perdue laisse le plancher intact, puisqu'il est contractuel. Le plan est surdimensionné, et c'est le diagnostic utile. Le solveur inversé indique que le confort pourrait monter à 78 k€, ou le legs à 900 k€, ou encore que le départ aurait pu se faire à 54 ans. La conversation qui suit n'est plus financière (La psychologie du retrait : pourquoi dépenser est si dur, Les dépenses réelles en retraite (retirement smile, Die With Zero)) : elle porte sur le budget plaisir, désormais obligatoire, et sur la générosité anticipée.

Les leçons du cas. D'abord, un pont court s'adosse en totalité : l'échelle remplace à elle seule le glidepath, le buffer et la moitié des débats de règle. La complexité d'un plan est proportionnelle à la longueur du pont, pas à la taille du patrimoine. Ensuite, des carrières pleines produisent des pensions qui inversent le problème. Le risque dominant de ce profil n'est plus la ruine, mais la sous-vie et le legs accidentel, et l'ABW avec legs est justement fait pour cela. Enfin, le départ tardif « par prudence » a coûté au couple, rétrospectivement, trois ou quatre ans de vie libre. Le cas 3 est l'illustration chiffrée du regret numéro un des retraités (Ce que disent les vrais FIRE : témoignages et conseils, Le syndrome de l'année de plus).

L'essentiel à retenir§


Pour aller plus loin§