VPW, le retrait à pourcentage variable des Bogleheads

Le VPW (« Variable Percentage Withdrawal ») est la réponse de la communauté Bogleheads à une question précise : comment consommer un portefeuille sans prévision, sans risque de ruine, et sans mourir sur un tas d'or ? Sa solution tient en une idée. On retire un pourcentage du portefeuille, comme le pourcentage fixe (Le pourcentage fixe du portefeuille : increvable mais inconfortable), mais ce pourcentage augmente avec l'âge selon une table calculée une fois pour toutes. Il vaut environ 3,9 % à 40 ans, 4,8 % à 65 ans, 7 % à 80 ans, jusqu'à 100 % la dernière année.

Ce pourcentage croissant n'est pas un bricolage. C'est la formule d'amortissement d'un prêt, appliquée à l'envers à votre portefeuille. Le VPW est le pont historique entre la famille proportionnelle et la famille actuarielle (Le retrait par amortissement (ABW/TPAW) : l'approche actuarielle), et l'une des stratégies les plus utilisées du monde FIRE réel. Cet article en détaille la mécanique exacte, de quoi recalculer la table vous-même. Il expose ses choix de conception assumés et discutables, à commencer par des rendements supposés fixes. Il décrit ses propriétés remarquables et sa pathologie, la même volatilité de train de vie que tout pourcentage, plus une bosse de fin de vie. Il présente enfin le garde-fou que ses auteurs imposent, le test de tolérance à la perte, trop souvent sauté, puis sa place face à l'ABW moderne et la façon de l'éprouver dans un simulateur.

D'où ça vient, et la philosophie§

Le VPW naît sur le forum Bogleheads au début des années 2010, œuvre du contributeur « longinvest ». Sa doctrine tient en trois refus, très dans l'esprit boglehead. Refus de la ruine, d'abord, donc pas de montant fixe (Le retrait fixe indexé (Bengen) : le classique de référence). Refus du legs accidentel, ensuite, car le 4 % prudent meurt riche trois fois sur quatre, faute d'avoir vécu (Les dépenses réelles en retraite (retirement smile, Die With Zero)). Refus de la prévision, enfin : pas de rendements attendus recalculés chaque année, pas de CAPE, pas de paramètres à débattre, seulement une table unique, publiée, gravée. La stratégie s'accompagne d'un classeur (« VPW worksheet ») maintenu par la communauté, qui gère aussi les ponts de pension, nous y reviendrons. C'est l'un des outils gratuits les plus aboutis du monde FIRE.

La mécanique exacte : la formule du crédit inversée§

Le cœur est la formule d'annuité, celle de toutes les mensualités de prêt. Pour un capital C, un horizon de n années restantes et un taux de croissance supposé g, le paiement constant qui épuise exactement C en n ans est :

retrait = C × g / (1 − (1 + g)^(−n))

Le VPW tabule ce ratio (retrait / capital) pour chaque âge, avec n qui court de l'âge courant à 100 ans. Le taux g, lui, est fixé une fois pour toutes par classe d'actifs. La table actuelle retient 5,0 % réel pour les actions mondiales et 1,9 % réel pour les obligations, combinés au prorata de votre allocation. Un 60/40 suppose donc environ 3,8 % réel. Voici un extrait de la logique de la table pour un 60/40 :

ÂgeAnnées restantes% VPW
4060~3,9 %
5050~4,1 %
6535~4,8 %
7525~5,7 %
8515~7,9 %
991100 %
VPWLe pourcentage monte avec l'âge, le capital fond exprèsle taux de retrait de la table (% du portefeuille)04812le rendement supposé, 3,3 % réel : le plancher de la tableà 91 ans : 13 %, puis jusqu'à 100 %3,8 %4,9 %8,6 %vingt-cinq ans de quasi-pourcentage fixela vie que cette table produit, à partir de 40 ans avec 1 M€, si le marché sert les rendements supposés00500501000100capital (k€)revenule capital, consommé jusqu'à zéro38,5 k€/an, platkrach de −30 % à 70 ans : 27,0 k€/an, sans retour40 ans55 ans70 ans85 ans99 ansAnnuité inversée à g = 3,3 % réel constant, horizon jusqu'à 100 ans.
En haut, la table : le taux part juste au-dessus du rendement supposé, reste presque plat pendant vingt-cinq ans, puis s'envole quand l'horizon se raccourcit. En bas, la vie que cette table produit pour un ménage parti à 40 ans avec 1 M€, si le marché sert exactement les rendements supposés. Le revenu est parfaitement plat, et le capital fond jusqu'à zéro à 100 ans : c'est la propriété de l'annuité, pas un hasard. La ligne pointillée montre l'autre visage de la règle. Un krach de 30 % à 70 ans fait descendre le revenu de 38,5 à 27,0 k€ et il n'y revient pas, car le VPW ne lisse rien : il recalcule.

Deux propriétés de la formule méritent qu'on s'y arrête. D'abord, à horizon long, le pourcentage tend vers g lui-même. À 60 ans d'horizon, on retire à peine plus que la croissance supposée et le capital est quasi préservé. Le VPW d'un FIRE de 40 ans est donc, en pratique, un pourcentage fixe amélioré, et sa montée en âge ne devient sensible qu'après 65-70 ans. Ensuite, la montée finale est la consommation délibérée du capital. C'est un choix de conception, mourir à zéro à 100 ans, et non un accident. Il appelle donc un traitement du risque de longévité : la doctrine VPW recommande d'annuitiser une part du portefeuille vers 80 ans, pour couvrir les années au-delà de la table (Rentes et safety first : acheter un plancher, Horizon, espérance de vie et retraites de 50 ans).

Le pont de pension est l'autre innovation pratique du classeur. Avant la liquidation de vos pensions (FIRE et retraite légale : trimestres, AGIRC-ARRCO, décote), le VPW met de côté, virtuellement, le capital nécessaire pour « fabriquer » la pension manquante pendant les années de pont, par exemple 15 ans × 15 000 € pour une pension à 67 ans. Il l'investit en obligations et n'applique le pourcentage qu'au reste. C'est la décomposition phase à découvert / phase adossée de Horizon, espérance de vie et retraites de 50 ans, rendue opérationnelle : le besoin permanent est amorti, le besoin temporaire est provisionné.

VPWLe pont de pension : vingt ans de revenu qui n'existe pas encore0204060revenu réel servi (k€/an), ménage de 47 ans, 1,6 M€, pensions de 21,6 k€ à 67 ansle pont : 21,6 k€/an,prélevés sur 356 k€ d'obligationsla pension, enfin liquidéele VPW sur les 1 243 k€ restants : 50,0 k€/an71,6 k€/an67 ans : la pension prend le relaistest de tolérance, actions −50 % : 56,6 k€, le pont ne bouge pasle plancher du ménage, 38 k€47 ans57 ans67 ans77 ans87 ans95 ansAux rendements supposés de la table (3,3 % réel pour la part VPW, 1,9 % pour actualiser le pont), sans fiscalité.
Le pont, sur le ménage de l'exemple ci-dessous. La bande basse est le revenu qui n'existe pas encore : vingt tranches de 21,6 k€ prélevées sur les 356 k€ d'obligations mises de côté, puis la pension elle-même, qui prend le relais sans que le ménage voie la différence. La bande haute est le VPW appliqué au reste. Le bord supérieur est plat : à 67 ans, le revenu ne fait pas de marche, il change simplement de main. Sans le pont, le même ménage vivrait vingt ans à 64,3 k€ avant de sauter à 85,9 k€, c'est-à-dire trop peu quand il est jeune et trop tard quand il ne l'est plus.

Ce que le VPW réussit, et ce qu'il assume de rater§

Les réussites. Le VPW hérite de toutes les vertus du pourcentage (Le pourcentage fixe du portefeuille : increvable mais inconfortable) : ruine du capital impossible, contracyclicité, auto-correction face aux erreurs de rendement. Il y ajoute la conscience de l'horizon. Là où le pourcentage fixe thésaurise éternellement, le VPW ose consommer, et sa consommation totale moyenne sur la vie du plan compte parmi les plus élevées de toutes les règles. C'est la stratégie anti-« mourir riche » par excellence. Sa gouvernance, enfin, est remarquable : une table imprimée, un ratio par an, aucun paramètre à rediscuter. La règle survit ainsi à son auteur et aux années de panique (La psychologie du retrait : pourquoi dépenser est si dur).

Les ratages assumés. Le premier est celui de toute la famille : le revenu suit le portefeuille. Le VPW ne lisse rien par construction, car la doctrine refuse le lissage comme une dette déguisée. Une baisse de 30 % du portefeuille entraîne donc une baisse de 30 % du revenu l'année suivante. D'où le garde-fou que la doctrine impose et que tout le monde saute, le test de tolérance à la perte. Avant d'adopter le VPW, calculez votre revenu dans l'hypothèse « actions −50 % », que le classeur affiche en permanence, et vérifiez qu'il couvre encore votre plancher (Combien il vous faut). Sinon, le VPW vous dit lui-même de réduire la part actions ou de couvrir le plancher autrement, par une pension ou une rente. C'est une stratégie qui exige un plancher externe ou une vraie élasticité, exactement comme son parent proportionnel.

LE TEST DE TOLÉRANCE À LA PERTELe même choc, avec et sans le pont de pensionun couple de 47 ans, 1,6 M€ en 60/40, pensions de 21,6 k€ à 67 ans ; revenu servi, k€ par anpointillé bleu : le confort visé, 52 ; pointillé brun : le plancher, 380204060pontVPW71,6normalpontVPW56,6actions −50 %VPW64,3normalVPW45,0actions −50 %Avec le pont de pensionle choc laisse le ménage au-dessus du confortSans le pontle même choc passe sous le confort
Le test que la doctrine impose, sur le cas du couple traité plus bas. À gauche, le pont de pension dort en obligations : le krach ne mord que sur la poche VPW et le ménage reste au-dessus de son confort. À droite, sans pont, la même règle sert davantage pendant vingt ans, puis le même krach passe sous le confort. C'est la démonstration en deux barres que le pont n'est pas un raffinement du classeur mais la condition d'admissibilité de la règle.

Le ratage discutable : les rendements supposés fixes. Le g de la table, soit 5 % réel pour les actions, est une moyenne historique de très long terme. Il vaut la même chose en 2013, en 2021 (CAPE 38 !) et en 2026. C'est un choix philosophique cohérent, celui de ne pas prévoir, mais coûteux quand le marché est cher. Le VPW retire alors davantage que ce que les valorisations promettent (Les valorisations (CAPE) et ce qu'elles disent du taux de retrait, Les rendements attendus prospectifs), et l'ajustement se fera ex post, par la baisse du revenu quand la déception arrivera. La famille ABW/TPAW fait le choix inverse, celui de brancher les rendements attendus courants, CAPE compris : plus juste en espérance, mais plus dépendant des modèles. C'est la ligne de partage entre les deux cousins (Le retrait par amortissement (ABW/TPAW) : l'approche actuarielle).

Pour qui, et les réglages qui comptent§

Le profil idéal du VPW cumule trois traits : un plancher couvert hors portefeuille, une vraie élasticité de train de vie au-dessus de ce plancher, et un goût pour la simplicité auditable. Le plancher peut venir d'une pension présente ou pontée, ou d'une rente ; le test de tolérance à la perte passe alors naturellement. La simplicité, elle, tient à la table et au classeur, rien d'autre. C'est très exactement le retraité Bogleheads type. C'est aussi la phase adossée d'un plan FIRE français (Horizon, espérance de vie et retraites de 50 ans) : après 65-67 ans, pension au plancher, le VPW sur le portefeuille résiduel est difficile à battre.

En phase à découvert d'un FIRE précoce, le VPW demande deux aménagements. Le premier est le pont de pension du classeur, et il est obligatoire. Sans lui, le pourcentage s'applique à un capital qui doit aussi fabriquer quinze ans de pension, et le test de perte échoue presque toujours. Le second, en marché cher, est une décote manuelle de g : utiliser 4 % au lieu de 5 % pour les actions revient à intégrer grossièrement l'ancre CAPE, sans trahir l'esprit de la table.

L'essentiel à retenir§


Pour aller plus loin§